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Sarah Migault : CERReV-MRSH-Université Caen-Normandie
La Réunion est une île de l’Océan-Indien déjà touchée par le changement climatique. Ses vulnérabilités s'amplifient dues à de multiples pressions. Ancienne colonie française, puis départementalisée, elle est frappée par la logique occidentale naturalisme et par un : « maillage ontologique individu-marché-science » (A, Escobar, 2018). Ce modèle est globalisant et ne prend pas en compte les plurivers.
Fort de ce constat, et avec l’émergence de technologies agricoles connectées, il nous a semblé nécessaire que ces nouvelles entités soient discutées, négociées voire rejetées, sur fond de pluralisme, dans l’espace public. Finalement, quelles fassent l’objet d’une composition politique. Cette communication présente une initiative multi-acteurs qui revisite les processus de conception et d’exploration des technologies, en ouvrant les possibles et les technologies grâce à des ateliers. Nous verrons que derrière un artefact c’est un choix de gouvernance et d’autonomie qui se joue.
En abordant leur réalité avec des associations et des chercheurs, les paysans élaborent un modèle de civilisation alternatif, propice à réinventer les communautés d’intérêts en communautés de destin. Afin de développer et de pérenniser ce type d’initiative qui améliore les liens sociaux, la créativité et la justice sociales le rôle des travailleurs sociaux aux prises avec les réalités des terrains est primordial et se doit d’être étendu.
Les changements climatiques représentent l’un des plus gros défis auxquels l’humanité est confrontée au 21e siècle (IPCC, 2021; WHO, 2021). Les effets sociaux, environnementaux, sanitaires, économiques et politiques sont multiples et dévastateurs, et interpellent directement les intervenantes et intervenants sociaux qui travaillent de près avec les communautés les plus touchées par ces changements : « Les effets socioécologiques des changements climatiques se font sentir avec acuité sur les populations et les communautés les plus opprimées et les plus démunies » (Thésée et Carr, 2008, p. 15).
Ces effets socioécologiques pressent de plus en plus les intervenantes et intervenants sociaux à s’engager davantage face aux risques et catastrophes (Maltais et al., 2022; Maltais, 2003), dans la formation écosociale (Drolet et al., 2015), par des actions de prévention, d’écologisation des institutions sociales (Grandgeorge, 2022) et de politisation (Latour, 2021) dans les communautés territoriales (RQIIAC, Bernard et Michaud, 2020). D’ailleurs, il faut noter que les personnes œuvrant en travail social, notamment en action collective (Comeau, Bourque et Lachapelle, 2018; Lachapelle, 2017), se sont depuis longtemps engagées dans les luttes environnementales et pour la justice écosociale au Québec (Comeau, 2010), à l’échelle autant locale qu’internationale (Dominelli, 2018; Gonzalez-Hidalgo 2020).
Toutefois, bien que ces pratiques d’intervention écosociales foisonnent au Québec, elles demeurent trop peu documentées. Cela peut s’expliquer par le fait que les milieux du travail social universitaires et francophones ont tardé à développer ce champ de connaissances du travail « écosocial ». Considérant l’état embryonnaire de cet intérêt pour le travail écosocial, les connaissances sous-jacentes à la discipline du travail social n'ont pas encore été influencées par une pensée plus écosociale (Larocque, Roy et MacDonald, 2022; Varoch et Mickey, 2022; Jochems, Poisson et Létourneau, 2017), tout comme la formation n’a pas été influencée par l’écologie, et ce, malgré l’urgence climatique croissante. Cela est vrai pour les savoirs, la pédagogie et la pratique du travail social partout au Québec, comme dans le reste de la francophonie canadienne, où ces initiatives sont rarement évoquées.
Pour ce faire, il est indispensable de repenser la relation entre l’humain et la nature, et ce, au regard des fondements relationnels de la crise climatique (Rosa, 2018; Latour, 2021). Il convient alors d’interroger les types de récits, alternatifs ou existants mais mis sous silence, qui contribuent à décoloniser la nature et nouer avec elle une relation mutuelle (Tapia et Magnenat, 2020), basée sur des principes de réciprocité (Larocque, soumis) et de pensée plurivers (Escobar, 2018).
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