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Clara Gargon : Université Laval
Les femmes, dans une attitude de résistance de la prise en charge biomédicale aujourd’hui en Occident, fréquentent de plus en plus un réseau de médecines holistiques composé par l’acupuncture, l’ostéopathie, la massothérapie, la naturopathie, etc. Ces pratiques considèrent l’individu dans son ensemble à travers des facteurs psychologiques, physiques, environnementaux, sociétaux, etc. afin de proposer un accompagnement le plus complet possible. Toutefois, cet aspect holistique est appréhendé différemment selon les perspectives des thérapeutes qui le vivent au quotidien et des clientes qui prennent généralement conscience de l’enjeu holistique selon le vécu de certaines expériences. C’est pourquoi, je propose d’explorer la manière dont la notion d’holisme se traduit chez les thérapeutes et les clientes de médecines douces aujourd’hui au Québec. La collecte de données comprend dix-sept entretiens auprès de clientes de médecine douce, douze entretiens auprès de thérapeutes, une observation participante de cérémonie de cacao sacrée ainsi qu’un ensemble de données basé sur une ethnographie en ligne. Les résultats préliminaires permettent d’affirmer que la notion d’holisme est plus conscientisée pour les thérapeutes dans leurs pratiques et accompagnements vers la guérison, tandis que les clientes peuvent connaître cette notion sans l’appliquer ou la reconnaitre directement dans leur processus de guérison.
Alors que les patients mobilisent de plus en plus les pratiques holistiques en complément (et parfois en substitut) aux soins de santé offerts par la médecine conventionnelle, des études empiriques ont montré que certaines intervenantes et intervenants en soins de santé recourraient aussi à ces pratiques, soit pour leurs besoins personnels, soit comme soutien à leur pratique professionnelle. Ces pratiques, qui sont souvent imprégnées d’une forme de spiritualité, présentent des ancrages très divers, allant des traditions de guérison issues des religions institutionnalisées aux spiritualités orientales repensées dans un sens universel ou thérapeutique. Au Québec, ces pratiques holistiques sont strictement balisées (loi 21) — une particularité locale qui ne se retrouve pas nécessairement ailleurs, la Suisse et la Colombie-Britannique offrant des exemples de régulation beaucoup moins contraignante. Un rappel historique montre en effet que la forte différenciation qui existe aujourd’hui entre les sphères de la santé et du religieux/spirituel provient d’un développement assez récent de la pratique des soins, lié à l’avènement de la modernité et du progrès scientifique. En réalité, le recours aux pratiques holistiques s’inscrit dans un mouvement historique plus large qui inclut les formes de guérison associée aux religions populaires, à l’astrologie, à l’occultisme et ayant coexisté avec les connaissances médicales empiriques. Dans les faits, ces deux mondes ne sont aujourd’hui pas si hermétiques et il existe de nombreux enchevêtrements entre les milieux spirituels et médicaux. Dans ce colloque, nous proposons un regard interdisciplinaire et transculturel, porteur d’épistémologies diverses et complémentaires sur les pratiques holistiques, de façon à discuter les enjeux, possibilités et risques inhérents à ce type de pratiques de santé. La discussion nous amènera à problématiser la notion de holisme en soi, au regard des usages et constructions sociales et politiques que le terme a suscités.
Titre du colloque :