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Exploitation du zircon au Sénégal : résister d’abord, se résigner ensuite ?

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Serigne Momar Sarr : Université Cheikh-Anta-Diop

Résumé de la communication

Notre communication vise à ethnographier deux localités au Sénégal, Diogo et Nianfrang, au centre-ouest et au sud-ouest du Sénégal, en proie à l’exploitation du zircon. Malgré les efforts de dédommagements et de relogement de l’État du Sénégal et de l’entreprise française Grande Côte Opérations, les populations de Diogo sont plongées dans la précarité car elles ne retrouvent plus leurs moyens d’existence, c’est-à-dire la culture de la terre. Pourtant, le dernier référendum du Sénégal en 2016 a favorisé une Constitution qui dispose son article 25 que « les ressources naturelles appartiennent au peuple ». Or, l’exploitation de ces ressources ne favorisent pas toujours une réduction des inégalités sociales. Ce qui est paradoxal avec la politique de « l’équité territoriale » promue par l’actuel régime. De l’autre côté, à Nianfrang, en Basse Casamance, un espace en conflit armé du fait d’une rébellion depuis les années 1980, il y a une résistance à l’exploitation du zircon avec un mouvement certes diffus mais qui revendique, avec plus ou moins du succès, son territoire sans concession. Dans l’interface de la notion de justice environnementale, il apparait que l’issue des mobilisations sociales contre l’extractivisme est incertaine, comme leur redevabilité au cours et après leur exploitation. Enfin, il est loisible de voir comment les politiques de développement servent aux États « des Suds » de justifier leurs logiques et la poursuite des mêmes voies empruntées par le capitalisme mondial.

Résumé du colloque

L’extractivisme s’intensifie et se multiplie sous diverses formes partout sur la planète (Parks, 2021). Au Sud comme au Nord, attirer des capitaux pour les activités extractivistes est désormais au centre des plans de développement économique (Asselin, 2011; Beaucage, 2018) ou de relance économique visant à sortir de la crise profonde mise en évidence par la pandémie de Covid-19 (Dressler, 2021).

Le colloque veut analyser de manière critique les dynamiques de l’extractivisme et rendre visibles les alternatives à ce modèle, comme celles liées à une cosmovision ou ontologie politique (Escobar, 2012) fondées sur des relations harmonieuses entre humains et non humains. Diverses voix critiques s’expriment en faveur d’une sortie de l’extractivisme (postextractivisme) et d’autres conceptions du vivre-ensemble, et promeuvent des stratégies locales et transnationales de résistance contre les projets extractifs (Magaña, 2020; Roca et Perdomo, 2020; Svampa, 2019).

Le colloque se propose de faire un retour sur la notion d’origine de l’extractivisme, depuis les travaux pionniers des Sud-Américains Gudynas (2009), Svampa (2013) et Acosta (2013), pour en explorer de nouveaux sens et usages, comme l’extractivisme ontologique et épistémique (Grosfoguel, 2016). Chagnon et al. (2022) considèrent l’extractivisme comme concept englobant pour comprendre les processus découlant de l’accumulation contemporaine du capital à l’échelle globale et qui organise la vie humaine et non humaine en la conditionnant. Dans ce sens, en s’inspirant des travaux de Preston (2017) sur les travailleurs migrants temporaires, de Morris (2019; 2020) sur les réfugiés et de Wichterich (2020) sur les travailleuses du soin, le colloque souhaite réfléchir à l’application du concept d’extractivisme à des processus impliquant des « ressources humaines ». À cette fin, le colloque propose de penser l’extractivisme non plus au singulier mais au pluriel (« les extractivismes ») afin de rendre possible une multitude de perspectives autour du concept.

Objectifs du colloque

  1. Analyser de façon critique et constructive le concept d’extractivisme pour voir ses angles morts ou limitations et proposer de nouvelles facettes ou utilisations théoriques;
  2. Analyser de façon critique les processus d’extraction des ressources naturelles et humaines afin d’en comprendre les dynamiques;
  3. Explorer les réponses aux extractivismes qui émergent à proximité des sites d’extraction ou en réaction aux projets extractifs;
  4. Examiner et discuter les différentes mutations de l’extractivisme contemporain dans les discours politiques.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 9 mai 2023

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