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Hugo Dory-Cros : Leiden University
L’exploitation de l’or dans la région Sahélienne est dominée par l’orpaillage artisanal informel. Cette pratique, vieille de plusieurs siècles en Afrique de l’Ouest, s’est accélérée ces vingt dernières années pour répondre aux demandes constantes de la globalisation. Les orpailleurs clandestins extraient des quantités comparables à l’industrie minière. Le cadre juridique autoritaire s’accompagne d’une corruption latente des autorités locales qui profitent de la situation et font peser une double peine sur les orpailleurs clandestins. Dans un contexte sécuritaire particulièrement complexe, l’émergence de groupes insurrectionnels violents est désormais un paramètre essentiel dans l’analyse de l’extractivisme au Sahel. En protégeant et légitimant les orpailleurs - autrefois clandestins - en échange de taxation, les groupes insurrectionnels s’assurent une méthode de financement stable ainsi qu’une certaine popularité vis-à-vis des populations dépendantes de l’orpaillage. C’est l’émergence d’une légalité alternative qui questionne les gestions étatiques de l’extractivisme informel. Rentrent en jeu les considérations locales (économiques, morales et culturelles) de l’exploitation de l’or, qui bien souvent sont volontairement invisibilisées par le cadre national. Ces particularismes sont source d’incompréhensions, de sentiments d’injustice, laissant apparaitre des failles ; et donc une opportunité - pour les groupes insurrectionnels violents - de rendre « légitimes » leurs combats.
L’extractivisme s’intensifie et se multiplie sous diverses formes partout sur la planète (Parks, 2021). Au Sud comme au Nord, attirer des capitaux pour les activités extractivistes est désormais au centre des plans de développement économique (Asselin, 2011; Beaucage, 2018) ou de relance économique visant à sortir de la crise profonde mise en évidence par la pandémie de Covid-19 (Dressler, 2021).
Le colloque veut analyser de manière critique les dynamiques de l’extractivisme et rendre visibles les alternatives à ce modèle, comme celles liées à une cosmovision ou ontologie politique (Escobar, 2012) fondées sur des relations harmonieuses entre humains et non humains. Diverses voix critiques s’expriment en faveur d’une sortie de l’extractivisme (postextractivisme) et d’autres conceptions du vivre-ensemble, et promeuvent des stratégies locales et transnationales de résistance contre les projets extractifs (Magaña, 2020; Roca et Perdomo, 2020; Svampa, 2019).
Le colloque se propose de faire un retour sur la notion d’origine de l’extractivisme, depuis les travaux pionniers des Sud-Américains Gudynas (2009), Svampa (2013) et Acosta (2013), pour en explorer de nouveaux sens et usages, comme l’extractivisme ontologique et épistémique (Grosfoguel, 2016). Chagnon et al. (2022) considèrent l’extractivisme comme concept englobant pour comprendre les processus découlant de l’accumulation contemporaine du capital à l’échelle globale et qui organise la vie humaine et non humaine en la conditionnant. Dans ce sens, en s’inspirant des travaux de Preston (2017) sur les travailleurs migrants temporaires, de Morris (2019; 2020) sur les réfugiés et de Wichterich (2020) sur les travailleuses du soin, le colloque souhaite réfléchir à l’application du concept d’extractivisme à des processus impliquant des « ressources humaines ». À cette fin, le colloque propose de penser l’extractivisme non plus au singulier mais au pluriel (« les extractivismes ») afin de rendre possible une multitude de perspectives autour du concept.
Objectifs du colloque
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