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Benjamin Mathiot : Université de Montréal
Évoluant dans un marché hyper concurrentiel et faisant face à de nombreuses exigences professionnelles, les musiciens d’orchestre sont confrontés à de multiples enjeux de performance. Médecins, psychologues, physiothérapeutes et intervenants de tous horizons se relayent pour leur fournir les moyens de leurs ambitions : intégrer un grand orchestre où prestige et sécurité de l’emploi les attendent. Bien que les statistiques quant à l’ampleur du phénomène demeurent parcellaires, la consommation de médicaments et de substances pour maximiser leur potentiel et mieux gérer le stress de performance accompagne souvent les musiciens. C’est par l’exploration (n)ethnographique de forums de discussions en ligne et d’entrevues avec des musiciens classiques professionnels et autres acteurs du secteur, que nous proposerons d’explorer ces enjeux. Partant de la description des différentes trajectoires que peuvent prendre la carrière d’un musicien, cette communication présentera une partie des résultats issus de notre projet CRSH portant sur les smart drugs. Nous aborderons en particulier trois dimensions : les discours relatifs à la performance elle-même ; la définition du « bon » musicien relativement à ce que la compétition représente pour lui et, enfin, la manière avec laquelle ce paysage met en tabou la discussion encadrant la consommation de médicaments à usage extra-médical.
De l’usage de psychostimulants à celui de microdoses de LSD, le recours à des médicaments et autres substances en vue d’améliorer l’attention, la mémoire, la concentration, l’éveil, la créativité et, plus globalement, les performances cognitives, semble constituer un phénomène de plus en plus prégnant dans les milieux de travail aujourd’hui. Cette utilisation extramédicale paraît s’imposer de plus en plus comme une solution légitime pour faire face aux paramètres de la compétition professionnelle et répondre aux exigences de productivité, d’excellence et de dépassement propres aux sociétés néolibérales. Principalement étudiée sous l’angle de la bioéthique (tricherie, dopage, etc.) et de la santé publique, l’analyse sociologique de cette transformation normative et des modalités de ce recours reste encore à parfaire. À partir de cas concrets, ce colloque vise à explorer les formes de savoirs, les représentations, valeurs et normes de performance qui sont propres à la pratique quotidienne ou ordinaire de divers métiers (par exemple, les bétabloquants chez les musiciens, les psychostimulants et nootropics dans les milieux de la finance, etc.). Entre médicaments et normes, c’est davantage sous l’angle de la banalisation et dans la « perspective de l’ordinaire » (Ogien, 2012) plutôt que du caractère sensationnaliste ou alarmiste du phénomène que nous proposons de scruter ces pratiques pour en cerner les significations sociales. Comment « devient-on » concrètement performant, au quotidien ? Comment s’engage-t-on dans la « carrière » (au sens interactionniste du terme) d’usager de smart drugs ? Quelles transformations identitaires s’opèrent dans la quête de performance et quel rôle y occupe le recours aux smart drugs ? Par l’entremise des contributions empiriques et théoriques, ce colloque permettra d’explorer en profondeur les multiples dimensions que recouvrent les notions de performance et d’identité, trop souvent tenues pour acquises dans l’analyse du phénomène.
Titre du colloque :