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Hólos, partie ou agencement : entre guérisseur traditionnel et santé globale, en passant par l’anthropologie

JL

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Julie Laplante : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

L’opposition du terme holistique à celui de réductionniste tient au fait que ce dernier explique un phénomène en divisant, alors que le premier considère qu’un phénomène excède la somme de ses parties. J. von Uexküll (1937) fait une différence similaire entre Kepler et Newton s’intéressant, pour un même phénomène, respectivement à l’aspect perceptif ou fonctionnel, voire à la recherche d’un design ou d’une cause. C’est en se tenant à cette différence que l’on projette une biomédecine réductionniste et une médecine traditionnelle holistique, imaginant l’une pouvant complémenter l’autre. Il s’agit par ailleurs de poser le problème autrement en évitant de poser 2 mondes ou médecines au préalable afin d’explorer en quoi ces pratiques s’occupent d’un même phénomène du « prendre soin ou guérir » qui s’agence de manières toujours nouvelles entre humain et non humain, réductionnisme et holisme, biologique et cosm(olog)ique. À partir d’un cours terrain en anthropologie des médecines de l’Université d’Ottawa enlisé dans les protocoles de la santé globale et ayant lieu au cœur des pratiques de Kañaa, guérisseur bantou à Yaoundé (Cameroun), une attention particulière est portée à des instances liées à la prévention dans le contexte pandémique, mais aussi en lien avec le contexte de la forêt ancestrale africaine et par-delà.

Résumé du colloque

Alors que les patients mobilisent de plus en plus les pratiques holistiques en complément (et parfois en substitut) aux soins de santé offerts par la médecine conventionnelle, des études empiriques ont montré que certaines intervenantes et intervenants en soins de santé recourraient aussi à ces pratiques, soit pour leurs besoins personnels, soit comme soutien à leur pratique professionnelle. Ces pratiques, qui sont souvent imprégnées d’une forme de spiritualité, présentent des ancrages très divers, allant des traditions de guérison issues des religions institutionnalisées aux spiritualités orientales repensées dans un sens universel ou thérapeutique. Au Québec, ces pratiques holistiques sont strictement balisées (loi 21) — une particularité locale qui ne se retrouve pas nécessairement ailleurs, la Suisse et la Colombie-Britannique offrant des exemples de régulation beaucoup moins contraignante. Un rappel historique montre en effet que la forte différenciation qui existe aujourd’hui entre les sphères de la santé et du religieux/spirituel provient d’un développement assez récent de la pratique des soins, lié à l’avènement de la modernité et du progrès scientifique. En réalité, le recours aux pratiques holistiques s’inscrit dans un mouvement historique plus large qui inclut les formes de guérison associée aux religions populaires, à l’astrologie, à l’occultisme et ayant coexisté avec les connaissances médicales empiriques. Dans les faits, ces deux mondes ne sont aujourd’hui pas si hermétiques et il existe de nombreux enchevêtrements entre les milieux spirituels et médicaux. Dans ce colloque, nous proposons un regard interdisciplinaire et transculturel, porteur d’épistémologies diverses et complémentaires sur les pratiques holistiques, de façon à discuter les enjeux, possibilités et risques inhérents à ce type de pratiques de santé. La discussion nous amènera à problématiser la notion de holisme en soi, au regard des usages et constructions sociales et politiques que le terme a suscités.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
Discutant-e- de la session : Pierre Minn
section icon Date : 9 mai 2023

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