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Charles Fleury : Université Laval
La langue est un facteur souvent cité comme ayant un impact sur l’intégration économique. L’hypothèse de base stipule que la connaissance des langues officielles (ici le français et anglais) facilite cette intégration. La plupart des études sur l’impact de la langue utilisent des données transversales qui ne permettent pas de vérifier l’hypothèse linguistique, surtout en ce qui concerne les changements dans le temps. Seule une approche longitudinale peut décortiquer le sens de la relation entre langue et travail. Pour étudier l’impact de la langue sur l’intégration économique, nous suivons sur dix ans une cohorte d’immigrants arrivés à Montréal en 2007. L’intégration économique est définie ici par l’accès à l’emploi et le revenu. La variable langue est définie par la connaissance des langues officielles à l’arrivée. Les résultats de nos analyses montrent que l’effet de la langue anglaise ne joue qu’au début de la période d’arrivée. Par contre, la connaissance du français joue positivement au début et en fin de parcours. Il pourrait s’agir-là d’un renversement de tendances dans la mesure où les premières analyses longitudinales sur des cohortes plus anciennes montraient que la connaissance du français n’avait pas d’impact sur l’intégration économique. Pour expliquer ces résultats, nous suggérons qu’il faut comprendre ce qui se passe sur le marché de travail et analyser les changements dans la demande accrue du français.
Dans la mouvance de l’adoption du projet de loi no 96 en mai 2022 et des élections québécoises à l’automne de la même année, les questions et les débats entourant le lien présumé entre l’immigration et le « déclin du français » au Québec, voire de la survie de la nation québécoise francophone, sont apparus sur un nombre sans cesse croissant de tribunes. Qu’il s’agisse de seuils d’immigration, de limites de la capacité d’accueil de la société québécoise, de pouvoirs et de gestion de l’immigration permanente et temporaire par le Québec, de politiques et de mesures de francisation, d’intégration et de régionalisation, pour ne mentionner que ceux-là, beaucoup a été dit sans pourtant offrir un portrait juste, nuancé et dénué de clichés sur ces enjeux.
Le gouvernement québécois s’est engagé à tout mettre en œuvre pour freiner le recul du français au Québec, lequel serait attribuable, selon lui, au fait que les immigrants ne parlent pas ni n’utilisent suffisamment cette langue. Très souvent, une telle lecture de la réalité repose sur des indicateurs dont la portée est plutôt limitée et qui font l’économie d’analyses qui prennent en compte la complexité et la richesse des dynamiques associées à la diversité ethnoculturelle, au plurilinguisme et à la concomitance du français comme langue publique commune et de l’anglais comme lingua franca globale.
Mais que sait-on du rapport qu’entretiennent les immigrants avec la langue française et la notion de « français langue publique commune » ? Quelles représentations se font les immigrants, récents et établis, de la présence et du statut relatif du français et de l’anglais au Québec, et à Montréal en particulier ? Lors du recensement de la population de 2021, environ 57 % de la population de langue maternelle tierce déclarait parler plus d’une langue à la maison. Que nous révèle ce plurilinguisme au foyer au regard des pratiques et des comportements linguistiques au travail, dans le domaine de l’enseignement postsecondaire, dans l’espace public en général ? À quels défis les nouveaux arrivants sont-ils confrontés lorsque leur langue première n’est pas le français ? Quels sont les facteurs qui modulent positivement ou négativement leur apprentissage du français ? Que sait-on des succès, voire des limites, de ces mesures qui visent à favoriser l’apprentissage et l’usage du français ? Quels rôles joue ou ne joue pas la société d’accueil pour valoriser et promouvoir l’usage du français auprès de certaines communautés immigrantes ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles nous tenterons de répondre dans le cadre de ce colloque. Ce dernier vise à fournir un éclairage au débat public sur ces enjeux et à favoriser un meilleur arrimage entre la recherche et les données probantes d’une part, et le développement de programmes et de mesures susceptibles de favoriser un meilleur vivre-ensemble linguistique d’autre part.
Titre du colloque :