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Daniel Salée : Université Concordia
À en croire les récits légendaires sur les coureurs des bois qui se seraient aisément fondus dans les communautés autochtones qu’ils fréquentaient, les filiations ancestrales alléguées entre Québécois d’aujourd’hui et Autochtones d’hier et la nomenclature des emprunts mutuels des cultures matérielles des uns et des autres, le Québec se serait de tout temps façonné à même des échanges interculturels multiples et récurrents. Cette image d’Épinal qui marque tant l’imaginaire collectif que le discours savant sur les peuples autochtones alimente l’idée selon laquelle la rencontre, voire l’interpénétration, des cultures autochtones et non autochtones au Québec se serait accomplie de façon naturelle et relativement harmonieuse. Elle masque en réalité une dynamique d’interaction beaucoup moins souple et engageante, ponctuée d’actes de pouvoir, d’exclusion et de résistance à l’Autre, institutionnalisés et structurés de manière à éliminer la présence des Autochtones (dépossession territoriale, résistance aux appels à la sécurisation culturelle, imposition de règles non-autochtones de gouverne). À partir d’une analyse des principaux blocages institutionnels qui opèrent de manière à neutraliser les pratiques et cultures autochtones, la communication déconstruit l’interculturalité présumée du Québec et s’interroge sur les possibilités de transculturation dans un contexte où la prépondérance de normes socioculturelles non-autochtones restreint la libre expression de l’altérité autochtone.
Les débats contemporains entourant le multiculturalisme et l’interculturalisme sont présents autant au Québec et au Canada qu’ailleurs dans le monde. Ils mettent en cause des modèles politiques différents et des orientations idéologiques soit opposées ou complémentaires pour aborder la question de la pluralité des cultures, mais aussi, et cela sans toujours bien la situer, la question de la transformation des cultures ; ce point de départ pour analyser les cultures des Amériques a été thématisé par le concept de transculturation proposé par l’anthropologue Fernando Ortiz dès les années 1940. Aujourd’hui, les débats autour du multiculturalisme et de l’interculturalisme sont particulièrement intenses dans le contexte des Amériques, où les relations entre les cultures nationales, autochtones et immigrantes sont, depuis plusieurs décennies, remises à l’ordre du jour, au point de déterminer des transformations constitutionnelles. Ce colloque voudrait amorcer le début d’un premier état des lieux des politiques de multiculturalisme et d’interculturalisme à l’échelle des Amériques, en interrogeant les possibilités d’ouverture que le processus de transculturation met en cause.
Titre du colloque :