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Emmanuelle Larocque : Université d'Ottawa
Le travail écosocial prend du muscle au niveau théorique mais il reste plusieurs angles morts à combler au niveau du savoir-être et du savoir-faire afin que les acteurs.trices du travail social puissent inspirer et incarner une posture écocentrique, centrale à la décolonisation des rapports hégémoniques au vivant.
Cette conférence interactive présentera l’Arbre de la vie (Denborough, 2012), un outil réflexif issu des pratiques narratives collectives et adapté pour examiner le rapport à la Nature lors d’un programme d’intervention par le sport et le plein-air. Conceptualisant la crise climatique comme une crise relationnelle et le rôle des récits sur les interactions avec et en Nature, cet outil narratif permet de questionner, déconstruire et repenser la relation au vivant dans un contexte d’intervention sociale. Faisant écho au savoir-être, la mise en application de l’outil lors de la conférence permettra d’engager dans un processus d’autoréflexion critique et d’expérimenter avec une posture « décentrée mais influente » pour faciliter du mouvement dans les manières de faire sens de relation humain-Nature. Afin de concrétiser le lien entre théorie et pratique, chacune des étapes de l’Arbre de la vie seront expliquées et appuyées par des résultats empiriques. Au niveau du savoir-faire, l’objectif sera de rehausser les connaissances de l’approche narrative et de mieux comprendre ses potentialités pour appuyer la vision transformatrice que revendique le travail écosocial.
Les changements climatiques représentent l’un des plus gros défis auxquels l’humanité est confrontée au 21e siècle (IPCC, 2021; WHO, 2021). Les effets sociaux, environnementaux, sanitaires, économiques et politiques sont multiples et dévastateurs, et interpellent directement les intervenantes et intervenants sociaux qui travaillent de près avec les communautés les plus touchées par ces changements : « Les effets socioécologiques des changements climatiques se font sentir avec acuité sur les populations et les communautés les plus opprimées et les plus démunies » (Thésée et Carr, 2008, p. 15).
Ces effets socioécologiques pressent de plus en plus les intervenantes et intervenants sociaux à s’engager davantage face aux risques et catastrophes (Maltais et al., 2022; Maltais, 2003), dans la formation écosociale (Drolet et al., 2015), par des actions de prévention, d’écologisation des institutions sociales (Grandgeorge, 2022) et de politisation (Latour, 2021) dans les communautés territoriales (RQIIAC, Bernard et Michaud, 2020). D’ailleurs, il faut noter que les personnes œuvrant en travail social, notamment en action collective (Comeau, Bourque et Lachapelle, 2018; Lachapelle, 2017), se sont depuis longtemps engagées dans les luttes environnementales et pour la justice écosociale au Québec (Comeau, 2010), à l’échelle autant locale qu’internationale (Dominelli, 2018; Gonzalez-Hidalgo 2020).
Toutefois, bien que ces pratiques d’intervention écosociales foisonnent au Québec, elles demeurent trop peu documentées. Cela peut s’expliquer par le fait que les milieux du travail social universitaires et francophones ont tardé à développer ce champ de connaissances du travail « écosocial ». Considérant l’état embryonnaire de cet intérêt pour le travail écosocial, les connaissances sous-jacentes à la discipline du travail social n'ont pas encore été influencées par une pensée plus écosociale (Larocque, Roy et MacDonald, 2022; Varoch et Mickey, 2022; Jochems, Poisson et Létourneau, 2017), tout comme la formation n’a pas été influencée par l’écologie, et ce, malgré l’urgence climatique croissante. Cela est vrai pour les savoirs, la pédagogie et la pratique du travail social partout au Québec, comme dans le reste de la francophonie canadienne, où ces initiatives sont rarement évoquées.
Pour ce faire, il est indispensable de repenser la relation entre l’humain et la nature, et ce, au regard des fondements relationnels de la crise climatique (Rosa, 2018; Latour, 2021). Il convient alors d’interroger les types de récits, alternatifs ou existants mais mis sous silence, qui contribuent à décoloniser la nature et nouer avec elle une relation mutuelle (Tapia et Magnenat, 2020), basée sur des principes de réciprocité (Larocque, soumis) et de pensée plurivers (Escobar, 2018).
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