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Interroger la marginalisation des voix féministes dans la recherche académique

LN

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Laïty Ndiaye : Université Saint-Paul

Résumé de la communication

Dans une démarche de « parler avec » et non « parler pour », l’on note de plus en plus une volonté d’associer les militantes féministes, outsider du monde universitaire, à des recherches scientifiques de la conception des projets à la vulgarisation des résultats.

Pourtant, malgré une présence de ces militantes dans les équipes, les logiques et mécanismes de silenciation restent inchangées. Cela se traduit notamment par l’utilisation de qualificatifs tels que « frustrées », « trop combatives » « compliquées » ou même « déconnectées de la réalité » pour réfuter une dénonciation d’attitudes et d’approches sexistes dans le processus de recherche ou au niveau des relations de travail au sein des équipes.

Cette communication adresse la double question de la classe, ici le statut de chercheure non universitaire, et du militantisme. Elle se fonde sur mes expériences personnelles de chercheure féministe indépendante et sur un travail de terrain (entretiens et observations) réalisé auprès de militantes impliquées dans des activités de recherche scientifique. Elle problématise les enjeux de minorisation des voix des militantes féministes dans le processus de construction des savoirs scientifiques.

Résumé du colloque

La notion de genre est devenue omniprésente dans la recherche sur le développement en Afrique (Treillet, 2008). Toutefois, la prégnance des partenaires internationaux dans ces recherches semble avoir affaibli son potentiel transformateur des relations de pouvoir inégalitaires dans les sociétés africaines (Parpart, 2014). En effet, le genre semble avoir été instrumentalisé pour pallier la résistance au concept de féminisme en Afrique. Or, cette résistance n’est pas synonyme d’un rejet de l’idéologie féministe entendue comme une critique des rapports sociaux de genre, mais comme une distanciation avec le féminisme en tant que « cadre universaliste de mobilisation » (Latourès, 2009, p. 144). De plus, ce refus provient de chercheur·se·s d’Afrique qui cherchent à s’approprier la lecture de leur propre réalité (Touré, 2002).

Sur le plan heuristique, il serait donc important de se demander à quelles réalités nous faisons référence quand nous parlons du genre en Afrique ? Quel est le sujet politique de la recherche sur le genre en Afrique ? Pouvons-nous affirmer que recherche féministe et recherche sur le genre sont interchangeables ?

Nous aimerions en débattre au regard des résistances que génère la question du féminisme en Afrique (Dieng, 2021). Il s’agira plus spécifiquement de poser la question des enjeux qu’une recherche sur le genre pose, notamment dans le processus de construction de la connaissance. Ces enjeux de plusieurs ordres se situent à l’intersection des inégalités de genre au sein du monde universitaire, la prégnance des agences de développement, mais aussi la division internationale du travail scientifique (Direnberger et Doubogan, 2022). S’agissant de la division internationale du travail scientifique, il serait intéressant d’interroger l’hégémonie des enjeux que constitue la non-interrogation d’un certain nombre de chercheur·se·s du Nord concernant les relations de pouvoir — rapports sociaux de race qui se juxtaposent aux rapports de genre — dans les espaces universitaires et les recherches sur le genre.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 9 mai 2023

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