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Louis Robert : Agronome
Il y a longtemps que les ministères, en partenariat avec les syndicats de producteurs, affichent des objectifs de réduction dans la consommation d'engrais et de pesticides de synthèse. Devant l'absence de résultats concrets, au lieu de s'arrêter et de poser un diagnostic rigoureux, on répète les mêmes recettes, comportant les mêmes erreurs, et qui conduisent, sans surprise, aux mêmes échecs. Pourtant, contrairement à la croyance populaire, une agriculture sans intrants chimiques est non seulement possible, mais plus productive, rentable pour le producteur, et, par conséquent, plus durable que l'agriculture telle que la majorité d'exploitants la pratiquent encore aujourd'hui. À l'inverse d'un autre mythe souvent entendu, ce n'est pas non plus le manque de travaux de recherche qui explique ces insuccès. Alors, qu'en est-il ? Au nombre des causes possibles à l'origine de cette situation, le manque de ressources humaines allouées en transfert technologique, ainsi que les ingérences des intérêts corporatistes aux trois étapes de cette chaîne de diffusion du savoir (recherche/transfert/service-conseil) seront discutés lors de cette présentation.
Au moment où notre fulgurante entrée dans la sixième extinction de la planète nous presse de réduire notre empreinte écologique, énergétique, agroalimentaire et hydrique, l’actuel modèle de développement sociotechnique, marqué par une concentration inégalée des industries, un abyssal élargissement des écarts et une menaçante dilapidation des ressources, vit une crise profonde. Ainsi, même les systèmes agro-industriels, censés nourrir le monde, contribuent paradoxalement, par leur intensification, à 30 % des émissions de gaz à effet de serre et à l’effondrement de la biodiversité. Sur le plan énergétique, les choix de filières et leur intégration dans des plans globaux, limitant l’accélération des dérèglements climatiques, souffre de sérieux problèmes de retards et de cohérence dont pâtissent tous les secteurs d’activité, notamment les transports et l’habitat. Piégés, nous flirtons ainsi d’un côté avec les menaçantes limites planétaires et leurs périlleux points de bascule, et nous sommes happés, de l’autre, par des conflits armés aux redoutables flambées de coûts énergétiques et alimentaires, voire de pénuries. Comment alors pourrions-nous ignorer d’examiner ensemble les enjeux, les stratégies et les horizons de transitions énergétiques et agroalimentaires ? D’une ampleur inégalée, ces changements structurels toucheront l’ensemble des sociétés et de leur fonctionnement, nécessitant d’importants recadrages des paradigmes à l’œuvre et de solides mesures d’adaptation. Or, la gamme des objectifs et des voies divergentes proposées (frugalité volontaire et modes de vie alternatifs, recours technologiques accrus), voire parfois imposées (politiques incitatives ou « punitives » de réduction de la consommation), mérite d’être examinée, en ce qui touche la sécurité alimentaire et énergétique, les conditions de vie et de santé viables et de vitalité des écosystèmes, des milieux urbains et ruraux, tout en étant contextualisée dans une perspective d’espoir et de bien commun.
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