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La délocalisation des industries polluantes vers la périphérie européenne et la résistance citoyenne : le cas de la Serbie

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Ivica Mladenovic : Institut de philosophie et de théorie sociale

Résumé de la communication

Le vice-président de la Commission européenne chargé de la prospective, le Slovaque Maroš Šefčovič, a fixé comme objectif à l’Union européenne de devenir la deuxième région productrice de batteries au lithium dans le monde, après la Chine, d’ici 2025. Aujourd’hui l’Union européenne importe encore la quasi-totalité du lithium dont elle a besoin ; elle est donc obligée à diversifier ses approvisionnements. Etant donné que l'Allemagne, la République tchèque et la Serbie sont, selon The United States Geological Survey, les pays qui possèdent les plus grandes réserves de lithium en Europe, on comprend ainsi mieux pourquoi Bruxelles soutient Rio Tinto, un groupe minier multinational anglo-australien, et son investissement en Serbie, alors qu’une étude de la Faculté de biologie de Belgrade sur l'état de la biodiversité dans la région prévu pour l’exploitation, montre que plus de 70 hectares de forêt seraient menacés, ainsi que plus de 700 hectares de terres agricoles. En effet, en raison des activités liées à ce « projet vert », toute la partie occidentale de la Serbie sera recouverte de décharges dans lesquelles seront déposées d'énormes quantités de matériaux toxiques, dont l'arsenic est le plus destructeur. Basée sur mes recherches en Serbie occidentale et du cadre interprétatif de l'historien italien Marco Armiero, j'analyserai les mécanismes de résistance des populations locales menacées par l’extractivsme, dominé par un impérialisme écologique structurellement conditionné.

Résumé du colloque

L’extractivisme s’intensifie et se multiplie sous diverses formes partout sur la planète (Parks, 2021). Au Sud comme au Nord, attirer des capitaux pour les activités extractivistes est désormais au centre des plans de développement économique (Asselin, 2011; Beaucage, 2018) ou de relance économique visant à sortir de la crise profonde mise en évidence par la pandémie de Covid-19 (Dressler, 2021).

Le colloque veut analyser de manière critique les dynamiques de l’extractivisme et rendre visibles les alternatives à ce modèle, comme celles liées à une cosmovision ou ontologie politique (Escobar, 2012) fondées sur des relations harmonieuses entre humains et non humains. Diverses voix critiques s’expriment en faveur d’une sortie de l’extractivisme (postextractivisme) et d’autres conceptions du vivre-ensemble, et promeuvent des stratégies locales et transnationales de résistance contre les projets extractifs (Magaña, 2020; Roca et Perdomo, 2020; Svampa, 2019).

Le colloque se propose de faire un retour sur la notion d’origine de l’extractivisme, depuis les travaux pionniers des Sud-Américains Gudynas (2009), Svampa (2013) et Acosta (2013), pour en explorer de nouveaux sens et usages, comme l’extractivisme ontologique et épistémique (Grosfoguel, 2016). Chagnon et al. (2022) considèrent l’extractivisme comme concept englobant pour comprendre les processus découlant de l’accumulation contemporaine du capital à l’échelle globale et qui organise la vie humaine et non humaine en la conditionnant. Dans ce sens, en s’inspirant des travaux de Preston (2017) sur les travailleurs migrants temporaires, de Morris (2019; 2020) sur les réfugiés et de Wichterich (2020) sur les travailleuses du soin, le colloque souhaite réfléchir à l’application du concept d’extractivisme à des processus impliquant des « ressources humaines ». À cette fin, le colloque propose de penser l’extractivisme non plus au singulier mais au pluriel (« les extractivismes ») afin de rendre possible une multitude de perspectives autour du concept.

Objectifs du colloque

  1. Analyser de façon critique et constructive le concept d’extractivisme pour voir ses angles morts ou limitations et proposer de nouvelles facettes ou utilisations théoriques;
  2. Analyser de façon critique les processus d’extraction des ressources naturelles et humaines afin d’en comprendre les dynamiques;
  3. Explorer les réponses aux extractivismes qui émergent à proximité des sites d’extraction ou en réaction aux projets extractifs;
  4. Examiner et discuter les différentes mutations de l’extractivisme contemporain dans les discours politiques.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 9 mai 2023

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