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La dichotomie nature-culture en travail social: regards des praticiennes en milieu organisationnel

ÉR

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Érick Rioux : Université de Montréal

Résumé de la communication

Dans le discours de la modernité, la dualité nature-culture s’imbrique à d’autres concepts, tels que le développement, l’extractivisme et le capitalisme. Ce discours est nettement lié à la crise environnementale et sociale qui s’abat présentement sur l’humanité (Escobar, 2018). Les conséquences de cette crise affectent de façon disproportionnée les populations vulnérables (IPCC, 2022; Landrigan et al., 2018; WHO, 2021), ce qui pousse le travail social aux premières loges des effets des changements climatiques. Cependant, la discipline du travail social se trouve elle aussi influencée par le discours de la modernité (Besthorn, 2013), notamment à travers le cadre néolibéraliste de la nouvelle gestion publique, le modèle managérial prédominant dans le réseau de santé et des services sociaux du Québec. Ce contexte organisationnel soulève donc de sérieux enjeux pour les praticiennes voulant adopter une posture critique de la modernité et une perspective « écocentrique » dans le cadre de leur profession. Or, que savons-nous de l'écologisation de la pratique du travail social au Québec ? La littérature se fait rare sur ce sujet, ce pour quoi un projet de recherche qui vise entre autres à répondre à cette question est en cours. Cette communication vise donc à présenter certains résultats préliminaires qui découlent de groupes de discussion auprès de travailleuses sociales sur leur compréhension de la transition socioécologique dans leur profession.

Résumé du colloque

Les changements climatiques représentent l’un des plus gros défis auxquels l’humanité est confrontée au 21e siècle (IPCC, 2021; WHO, 2021). Les effets sociaux, environnementaux, sanitaires, économiques et politiques sont multiples et dévastateurs, et interpellent directement les intervenantes et intervenants sociaux qui travaillent de près avec les communautés les plus touchées par ces changements : « Les effets socioécologiques des changements climatiques se font sentir avec acuité sur les populations et les communautés les plus opprimées et les plus démunies » (Thésée et Carr, 2008, p. 15).

Ces effets socioécologiques pressent de plus en plus les intervenantes et intervenants sociaux à s’engager davantage face aux risques et catastrophes (Maltais et al., 2022; Maltais, 2003), dans la formation écosociale (Drolet et al., 2015), par des actions de prévention, d’écologisation des institutions sociales (Grandgeorge, 2022) et de politisation (Latour, 2021) dans les communautés territoriales (RQIIAC, Bernard et Michaud, 2020). D’ailleurs, il faut noter que les personnes œuvrant en travail social, notamment en action collective (Comeau, Bourque et Lachapelle, 2018; Lachapelle, 2017), se sont depuis longtemps engagées dans les luttes environnementales et pour la justice écosociale au Québec (Comeau, 2010), à l’échelle autant locale qu’internationale (Dominelli, 2018; Gonzalez-Hidalgo 2020).

Toutefois, bien que ces pratiques d’intervention écosociales foisonnent au Québec, elles demeurent trop peu documentées. Cela peut s’expliquer par le fait que les milieux du travail social universitaires et francophones ont tardé à développer ce champ de connaissances du travail « écosocial ». Considérant l’état embryonnaire de cet intérêt pour le travail écosocial, les connaissances sous-jacentes à la discipline du travail social n'ont pas encore été influencées par une pensée plus écosociale (Larocque, Roy et MacDonald, 2022; Varoch et Mickey, 2022; Jochems, Poisson et Létourneau, 2017), tout comme la formation n’a pas été influencée par l’écologie, et ce, malgré l’urgence climatique croissante. Cela est vrai pour les savoirs, la pédagogie et la pratique du travail social partout au Québec, comme dans le reste de la francophonie canadienne, où ces initiatives sont rarement évoquées.

Pour ce faire, il est indispensable de repenser la relation entre l’humain et la nature, et ce, au regard des fondements relationnels de la crise climatique (Rosa, 2018; Latour, 2021). Il convient alors d’interroger les types de récits, alternatifs ou existants mais mis sous silence, qui contribuent à décoloniser la nature et nouer avec elle une relation mutuelle (Tapia et Magnenat, 2020), basée sur des principes de réciprocité (Larocque, soumis) et de pensée plurivers (Escobar, 2018).

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 9 mai 2023

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