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Marc-André Gagnon : Carleton University
Lorsqu'il s'agit de recherches en santé publique et en toxicologie, les documents internes des entreprises servent souvent de sources uniques pour analyser les activités des firmes pour atteindre leurs objectifs stratégiques. Nous avons procédé à une revue exploratoire de la littérature scientifique afin de répertorier et d’analyser tous les articles ayant recouru aux documents internes des entreprises chimiques. L'analyse systématique des documents internes permet de comprendre que les « scandales d'entreprise » ne doivent pas être considérés comme des exceptions mais comme des symptômes des stratégies normales et systématiques utilisées par les entreprises de l’industrie chimique pour gérer et promouvoir leurs intérêts commerciaux. Nous appelons « gestion fantôme » le recours systématique à ces stratégies de l’ombre qui participent entre autres à influencer la science, les pratiques professionnelles et les politiques publiques et à faire obstacle à une transition structurelle vers des pratiques agro-industrielles plus soutenables. La littérature scientifique qui utilise des documents internes confirme ainsi la prévalence des conflits d'intérêts, des manquements à la conduite des entreprises et de l'influence des entreprises dans le secteur chimique. Nos résultats de recherche basés sur des catégories de gestion fantôme démontrent le degré d'influence des entreprises dans tous les aspects des marchés agrochimiques.
Au moment où notre fulgurante entrée dans la sixième extinction de la planète nous presse de réduire notre empreinte écologique, énergétique, agroalimentaire et hydrique, l’actuel modèle de développement sociotechnique, marqué par une concentration inégalée des industries, un abyssal élargissement des écarts et une menaçante dilapidation des ressources, vit une crise profonde. Ainsi, même les systèmes agro-industriels, censés nourrir le monde, contribuent paradoxalement, par leur intensification, à 30 % des émissions de gaz à effet de serre et à l’effondrement de la biodiversité. Sur le plan énergétique, les choix de filières et leur intégration dans des plans globaux, limitant l’accélération des dérèglements climatiques, souffre de sérieux problèmes de retards et de cohérence dont pâtissent tous les secteurs d’activité, notamment les transports et l’habitat. Piégés, nous flirtons ainsi d’un côté avec les menaçantes limites planétaires et leurs périlleux points de bascule, et nous sommes happés, de l’autre, par des conflits armés aux redoutables flambées de coûts énergétiques et alimentaires, voire de pénuries. Comment alors pourrions-nous ignorer d’examiner ensemble les enjeux, les stratégies et les horizons de transitions énergétiques et agroalimentaires ? D’une ampleur inégalée, ces changements structurels toucheront l’ensemble des sociétés et de leur fonctionnement, nécessitant d’importants recadrages des paradigmes à l’œuvre et de solides mesures d’adaptation. Or, la gamme des objectifs et des voies divergentes proposées (frugalité volontaire et modes de vie alternatifs, recours technologiques accrus), voire parfois imposées (politiques incitatives ou « punitives » de réduction de la consommation), mérite d’être examinée, en ce qui touche la sécurité alimentaire et énergétique, les conditions de vie et de santé viables et de vitalité des écosystèmes, des milieux urbains et ruraux, tout en étant contextualisée dans une perspective d’espoir et de bien commun.
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