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La posture esthétique comme éthique en travail social. Réflexion et pratiques d’humanisation par le Beau.

SG

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Sacha Genest Dufault : UQAR - Université du Québec à Rimouski

Résumé de la communication

En travail social, les intervenant.e.s rapportent des conditions éprouvantes : sentiment d’accélération, surcharge ressentie, manque de formation, absence de supervision, usure de compassion, etc. Ce contexte se vit comme dénué de sens, de temps et de solidarité, voire déshumanisant. En parallèle coexistent des expériences lumineuses, où les intervenant.e.s vivent des changements positifs, des réussites importantes, des histoires touchantes où une connexion humaine est faite, où les personnes impliquées vibrent et résonnent ensemble, de réelles histoires de beauté. La communication s’appuie sur l’hypothèse que ces moments de beauté, que l’on qualifie d’expériences esthétiques, de résonance (Rosa) et de rencontres (Pépin), sont peu considérées en intervention, recherche et formation. On postule que prendre appui sur l’expérience esthétique a le potentiel de contribuer à (se) redonner du sens, du temps et de l’espace et de créer des lieux de ressourcement et de solidarité salutaires, humanisants. Le propos développe des expériences en travail social, dont un cours de maitrise, l’Atelier, conviant les étudiant.e.s à ce que leur Être entier puisse exister dans le projet. Avec pour résultats l’émergence de thèmes originaux, de pratiques libératrices et créatrices, une sensibilité et une histoire de vie situées. Une posture faite des expériences et pratiques esthétiques peut alors se concevoir comme un dispositif participant d’une éthique par le Beau en travail social.

Résumé du colloque

Notre travail interroge les pratiques d’humanisation, entendues comme ce qui humanise, rend humain, apporte de l’humanité. Elles concernent des dimensions très générales de la vie humaine (l’éducation, la socialisation, la transmission, la relation) et des activités situées (la construction éthique, les relations sociales et professionnelles, la médecine…). Certes, la notion d’humanisation peut relever du pléonasme, car toute activité humaine, y compris la plus cruelle et déréglée, est… humaine. « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage », rappelait Montaigne pour condamner le rejet des « autres » dans la sous-humanité.

Mais ce pléonasme apparent désigne aussi une tâche qui, peut-être, définit l’humain : tenter de réaliser une certaine idée de soi, porteuse de principes dits « humanistes », pour que les sociétés, les milieux professionnels, les relations internationales tempèrent leur violence potentielle grâce à des pratiques respectueuses de la personne. Il s’agirait par exemple d’« humaniser » la médecine ou l’économie afin que ces activités ne finissent pas, paradoxalement, par nier l’humain, comme si le meilleur ennemi de l’humain était lui-même.

Nous étudions des exemples tels que : les arts dans la formation médicale pour l’humanisation des soins et la reconnaissance des « questions existentielles »; l’expérience esthétique dans la relation thérapeutique comme reconnaissance intersubjective; le souci de politiques éducatives visant l’humanisation, et non une simple « humanitarisation » que dénonçait Freire et que les études décoloniales ne cessent de révéler; un modèle d’éducation humanisante, propre à Tim Ingold, et aligné sur l’anthropologie; la confrontation des soignants au mystère de l’Autre au moment des fins de vie; la prise en compte des inégalités sociales dans l’humanisation du travail social; l’humanisation du système carcéral par l’art et la culture; l’attention au sujet existant; l’art participatif et décolonialisé, etc.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 9 mai 2023

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