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"La preuve est dans la COVID". Réflexions éthiques, politiques et méthodologiques issues de l'étude netnographique d'une communauté antisémite pendant la COVID-19.

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Mélissa Roy : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Cette conférence présente des réflexions issues d’une « netnographie », par laquelle nous avons étudié une communauté antisémite mobilisée en ligne au début de la pandémie de la COVID-19. Migrant d’une plateforme à une autre, cette communauté s’est arrêtée sur un média social alternatif lui permettant de publier ouvertement ses postures oppositionnelles et ses commentaires haineux. Nous montrerons comment trois leaders d’opinion tordent et instrumentalisent des événements clés dans la gestion de la pandémie pour justifier un discours complotiste dans lequel se chevauchent une critique de l’État et des postures antisémites préexistantes. Nous surlignerons les stratégies technologiques et les techniques argumentatives qu’ils utilisent pour véhiculer des discours fautifs et haineux tout en échappant à la censure et aux législations. À partir de cette étude de cas, nous entamerons une triple réflexion. Premièrement, une réflexion éthique portera sur l’usage d’une plateforme numérique pour former une communauté oppositionnelle et antisémite. Nous aborderons les dynamiques d’inclusion- exclusion et les stratégies de légitimation-discrédit qui y ont lieu pour assurer une cohésion groupale. Ensuite, nous réfléchirons aux limites des législations et politiques de censure en ligne. Finalement, nous discuterons des forces, limites et pistes méthodologiques qualitatives sur les réseaux sociaux, notamment celles inspirées de la netnographie.

Résumé du colloque

La pandémie de COVID-19 a provoqué des bouleversements majeurs dans le rapport que les citoyens entretiennent avec leurs institutions, qu’elles soient politiques, sociales, de santé ou encore dans leur rapport à la sécurité. Dans un contexte de sidération provoqué par la COVID-19 et d’une mise à distance de nos activités et interactions sociales, l’information, son cadrage et sa médiatisation se sont avérés fondamentaux pour faire sens et interpréter notre environnement. Cette information s’est cependant montrée fragile face à des individus et groupes d'intérêts opposés aux mesures décrétées par les autorités pour prévenir la pandémie. Ces derniers se sont d’ailleurs engagés dans sa manipulation et son instrumentalisation. Fort de ce constat, la présente table de discussion s’intéresse aux acteurs, aux technologies et aux publics qui constituent une « écosphère oppositionnelle ». Si les mouvements qui le traversent se sont particulièrement renforcés ces deux dernières années, ils leur préexistent largement. Les enjeux portés par celles et ceux qui y prenaient part touchaient alors et touchent encore des questions identitaires, anti-immigration, antiféministes, ou plus largement des discours de haine. Tout en adoptant une perspective sociotechnique qui privilégie la prise en compte des interactions entre technologies et usagers, nous nous intéressons au rôle des technologies dans la mise en forme de ces oppositions tout en tenant compte de la manière dont les militants et les audiences en font usage, ou sont touchés par celles-ci. Comment ces interactions contribuent-elles à la fabrique et à la mise en visibilité d’un discours oppositionnel ? Comment ces interactions participent-elles au développement de notre lecture de cette écosphère ? Enfin, et ce questionnement n’est pas exhaustif, quels sont les défis méthodologiques caractérisant l’étude de l’usage des plateformes numériques ou médias sociaux en lien avec l’activisme contemporain, et comment les surmonter ?

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
Discutant-e- de la session : Aurélie Campana
section icon Date : 9 mai 2023

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