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Philippe Basabose : Memorial University of Newfoundland
Pour “ré-implanter” le personnage “dans l’histoire des autres hommes”, Monénembo transcende le cadre de l’Histoire qui est l’agent causal de cette déréliction et lui reconstruit “un autre réel”, selon Jean Milly dans Poétique des textes (2008 : 65), réalisant par là le travail qui fait du roman “une épopée subjective dans laquelle l’auteur demande la permission de traiter l’univers à sa manière”, selon la définition goethéenne du genre citée par Roland Barthes dans Poétique du récit (1977: 71). La “manière” monénemboienne de “traiter l’univers” de la tragédie génocidaire qui crée la loque humaine que Nsenghimana devient presque avant d’être (il n’a que treize ans quand le pire arrive) passe, entre autres, par deux procédés esthétiques: 1) l’inscription du récit dans le “texte universel”, suivant le concept barthésien, et 2) le recours aux techniques d’écriture caractéristiques du style postmoderne (non-linéarité, complexité narrative, analepses et prolepses, etc.). Sous le premier volet, Monénembo pratique l’écriture intertextuelle qui rapproche le personnage principal de son roman du héros camusien (Meursault de L’étranger) et ouvre ainsi l’œuvre à la “nécessité éthique” propre à la littérature lazaréenne. C’est cette double dimension de L’Aîné des orphelins qui fera l’objet de ma présentation.
Ce colloque tente de revisiter l’œuvre de Tierno Monénembo, en la replaçant dans son contexte historique, social et littéraire. Docteur en biochimie, professeur en Algérie, au Maroc et aux États-Unis, et lauréat de nombreux prix littéraires (prix Renaudot, Grand prix littéraire d’Afrique noire, Grand prix de la francophonie, prix Erckmann-Chatrian, Grand prix du roman métis, Grand prix palatine et prix Ahmadou Kourouma), Tierno Monénembo est l’un des écrivains majeurs de la littérature africaine francophone contemporaine, qui font partie des romanciers de la « deuxième génération » (Dabla, 1986), et dont les textes déconstruisent les principes de la négritude, considérant la modernité culturelle africaine sous l’angle de l’ethnomodernité (Semujanga, 2015).
Caractérisée avant tout par la diversité, la transculturalité, la polyphonie des voix narratives, les relations entre divers genres et autres formes artistiques (cinéma, musique, peinture), l’œuvre du romancier guinéen aborde également d’importantes questions sociopolitiques de son temps.
Quarante-trois ans après la parution de son premier roman, quel bilan peut-on faire de la production romanesque de Tierno Monénembo? Quelles pistes nouvelles peut-on emprunter? Ce sont les questions nodales auxquelles ce colloque aimerait répondre pour rendre hommage à ce romancier de renommée internationale, à la veille de son 76e anniversaire.
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