Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Korka Sall : Université du Minnesota
La résistance contre le patriarcat et les discriminations basées sur le genre ont inspiré les militants pour la cause féminine à s’organiser et s’unir autour du même objectif qui est la défense des droits des femmes. Dans ce papier, je vais me concentrer sur l’apport de la négritude à la production du savoir sur le genre en Afrique.
Le mouvement de la négritude a commencé dans les années 1930 à Paris avec des étudiants Africains et des Antilles. Le but du mouvement était non seulement la redéfinition de l’identité noire mais aussi, pour les femmes écrivaines, activistes et militantes de la cause féminine, le questionnement de la position de la femme dans les sociétés Africaines et de sa diaspora. Pour faire face aux pratiques masculines, les femmes du mouvement de la négritude ont contribué à la création de plusieurs journaux en Afrique et dans les Antilles allant de la période entre les deux guerres jusqu’après les indépendances.
Des auteures, chercheuses et activistes comme Paulette Nardal de la Martinique, Aminata Sow Fall et Annette Mbaye d’ Erneville du Sénégal se sont intéressés sur le rassemblement de toute la communauté noire autour des questions comme l’Independence, la citoyenneté, l’impérialisme et ses conséquences sur le monde noir. Pendant la période de la négritude, on a assisté à la création de Fédérations et Associations de Femmes qui œuvrent pour la reconnaissance des droits des femmes. Annette Mbaye d’Erneville a commencé le magazine Awa : Le Magazine de la femme noire (1963-1974) avec des amies et militants de la cause féminine pendant que Aminata Sow Fall a créé une maison de publication « les Editions Khoudia» en 1987. Le thème que nous discuterons est comment ces militantes de la négritude se sont penchées sur la question du genre et la recherche féministe et les acquis de leurs combats car les femmes de la négritude signalent aussi les problèmes qui empêchent une bonne pratique qui permettrait aux femmes d’être considérées comme des citoyennes à part entière.
La notion de genre est devenue omniprésente dans la recherche sur le développement en Afrique (Treillet, 2008). Toutefois, la prégnance des partenaires internationaux dans ces recherches semble avoir affaibli son potentiel transformateur des relations de pouvoir inégalitaires dans les sociétés africaines (Parpart, 2014). En effet, le genre semble avoir été instrumentalisé pour pallier la résistance au concept de féminisme en Afrique. Or, cette résistance n’est pas synonyme d’un rejet de l’idéologie féministe entendue comme une critique des rapports sociaux de genre, mais comme une distanciation avec le féminisme en tant que « cadre universaliste de mobilisation » (Latourès, 2009, p. 144). De plus, ce refus provient de chercheur·se·s d’Afrique qui cherchent à s’approprier la lecture de leur propre réalité (Touré, 2002).
Sur le plan heuristique, il serait donc important de se demander à quelles réalités nous faisons référence quand nous parlons du genre en Afrique ? Quel est le sujet politique de la recherche sur le genre en Afrique ? Pouvons-nous affirmer que recherche féministe et recherche sur le genre sont interchangeables ?
Nous aimerions en débattre au regard des résistances que génère la question du féminisme en Afrique (Dieng, 2021). Il s’agira plus spécifiquement de poser la question des enjeux qu’une recherche sur le genre pose, notamment dans le processus de construction de la connaissance. Ces enjeux de plusieurs ordres se situent à l’intersection des inégalités de genre au sein du monde universitaire, la prégnance des agences de développement, mais aussi la division internationale du travail scientifique (Direnberger et Doubogan, 2022). S’agissant de la division internationale du travail scientifique, il serait intéressant d’interroger l’hégémonie des enjeux que constitue la non-interrogation d’un certain nombre de chercheur·se·s du Nord concernant les relations de pouvoir — rapports sociaux de race qui se juxtaposent aux rapports de genre — dans les espaces universitaires et les recherches sur le genre.
Titre du colloque :