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Mireille Kerlan : UNADREO
Dans le monde de la santé, impacté par des crises de la vocation, du sens, de l’organisation et de l’accès aux soins, le concept d’humanités médicales veut modifier la pensée dans les soins et dans la formation des professionnels. En pratique soignante, l’art s'utilise pour que le patient puisse inclure sa maladie, son handicap, dans le champ plus large de sa personne, de sa vie en contexte. C’est le but de résidences d’artistes. On peut s’étonner de la nécessité de ré-humaniser un domaine réputé pour l’engagement humain qui est la motivation première de celles et ceux qui s’y consacrent. Mais le processus en cours est fondamentalement celui d’un réinvestissement de la relation humaine au cœur du soin, mise à mal par son administration technocratique et par une conception du soin adossée à l’evidence based medecine ou à l’evidence based practice. C’est à ce réinvestissement que contribue le recours à l’art et à l’expérience esthétique, que la communication veut exposer : le partage de l’art dans une pratique orthophonique, pour permettre à des patients atteints dans leurs capacités à communiquer et parfois dans leur cognition, de vivre leur subjectivité, en interaction avec celle de l’orthophoniste, d’être présent au monde. En partageant les émotions vécues devant des œuvres d’art ou des lectures, le récit de la personne se poursuit. L’expérience esthétique (Dewey), étant le propre de l’homme, peut conforter la relation thérapeutique comme reconnaissance intersubjective.
Notre travail interroge les pratiques d’humanisation, entendues comme ce qui humanise, rend humain, apporte de l’humanité. Elles concernent des dimensions très générales de la vie humaine (l’éducation, la socialisation, la transmission, la relation) et des activités situées (la construction éthique, les relations sociales et professionnelles, la médecine…). Certes, la notion d’humanisation peut relever du pléonasme, car toute activité humaine, y compris la plus cruelle et déréglée, est… humaine. « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage », rappelait Montaigne pour condamner le rejet des « autres » dans la sous-humanité.
Mais ce pléonasme apparent désigne aussi une tâche qui, peut-être, définit l’humain : tenter de réaliser une certaine idée de soi, porteuse de principes dits « humanistes », pour que les sociétés, les milieux professionnels, les relations internationales tempèrent leur violence potentielle grâce à des pratiques respectueuses de la personne. Il s’agirait par exemple d’« humaniser » la médecine ou l’économie afin que ces activités ne finissent pas, paradoxalement, par nier l’humain, comme si le meilleur ennemi de l’humain était lui-même.
Nous étudions des exemples tels que : les arts dans la formation médicale pour l’humanisation des soins et la reconnaissance des « questions existentielles »; l’expérience esthétique dans la relation thérapeutique comme reconnaissance intersubjective; le souci de politiques éducatives visant l’humanisation, et non une simple « humanitarisation » que dénonçait Freire et que les études décoloniales ne cessent de révéler; un modèle d’éducation humanisante, propre à Tim Ingold, et aligné sur l’anthropologie; la confrontation des soignants au mystère de l’Autre au moment des fins de vie; la prise en compte des inégalités sociales dans l’humanisation du travail social; l’humanisation du système carcéral par l’art et la culture; l’attention au sujet existant; l’art participatif et décolonialisé, etc.
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