pen icon Colloque
quote

L’art perdu du faux souvenir télévisuel

SL

Membre a labase

Sylvain Lavallée : Université de Montréal

Résumé de la communication

Cette présentation se propose d’utiliser le modèle de « The Lost Art of Forehead », un épisode particulièrement réflexif de la saison 11 de X-Files, diffusé en 2018, dans lequel Fox Mulder et Dana Scully rencontrent un mystérieux personnage, Reggie Something, pour penser cette question du lien amoureux que nous pouvons entretenir, comme spectateur·rice·s, à une série télévisée, et plus spécifiquement à ses personnages. N’est-il pas possible, en effet, de voir Reggie comme une projection d’un désir de vivre à l’intérieur d’X-Files, d’accompagner les personnages dans leurs enquêtes, et même de leur imaginer une conclusion alternative, comme le ferait un fan? Une idée qui trouve écho, aussi, dans une intrigue secondaire, lorsque Mulder recherche un épisode (imaginaire) de The Twilight Zone qu’il aurait vu, enfant, à la télévision, et qui l’aurait précipité vers ses obsessions envers le paranormal, ce qui renvoie à la manière qu’une œuvre audiovisuelle peut s’inscrire dans nos souvenirs. Pour réfléchir à ces enjeux, nous ferons appel à la philosophie de Stanley Cavell, plus spécifiquement à ses écrits sur le cinéma (l’épisode n’est pas sans évoquer cette phrase qui ouvre The World Viewed : « Movies are strand over strand with memories of my life »), et à l’ouvrage de Sandra Laugier Nos vies en séries, qui transpose la pensée de Cavell vers les séries télévisées.

Résumé du colloque

Les séries télé sont exponentiellement présentes dans notre quotidien, comme en témoignent l’émergence de nouvelles plateformes de vidéo à la demande; la persistance de pratiques comme le visionnage en rafale; les représentations de plus en plus ouvertes aux thématiques de la sexualité ou de la diversité au petit écran, avec la visée parfois « éducationnelle » de celles-ci et les discussions qu’elles suscitent dans l’espace publique; ou encore la création de festivals dédiés. Pourtant, une perception des séries comme « mauvais objet d’attachement » ou « plaisir coupable » est encore courante. Le besoin identifié est de donner une plus grande cohérence aux connaissances au sujet des pratiques qui se développent autour de la culture des séries et, à proprement parler, de la dimension affective de l’attachement. Si des travaux sur la sériephilie existent, il est maintenant le temps d’étoffer ces réflexions à l’aune d’une présence accrue de ces phénomènes dans la vie de tous les jours, de leur statut de repère culturel partagé et de leur influence sur les imaginaires collectifs.

Quels outils pouvons-nous développer afin de mieux comprendre la place de l’amour dans notre relation avec les séries, devant et derrière l’écran ? En utilisant comme porte d’entrée l’exemple des représentations de l’amour et de l’intimité, nous discuterons des façons dont les séries nous communiquent un savoir sur notre forme de vie, sur nos relations, et mettent en scène celles-ci avec une grande complexité. En ce sens, les séries sont à appréhender comme des « modèles de conduite » qui stimulent, autant que la littérature, l’imagination morale et la réflexivité relationnelle (Murdoch, 1970). Ce colloque portant sur l’amour tel que les séries le représentent et sur l’amour des publics pour les séries vise à repenser ces enjeux comme foncièrement politiques, du moment où la représentation médiatique est une des composantes du changement social.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 9 mai 2023

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :