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L’articulation des savoirs dans la pratique : analyse processuelle de deux expériences de recherche-action participative

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Sonia Tello Rozas : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Comment se co-construit un processus de recherche? Comment se réalisent le transfert et l’appropriation des résultats issus des recherches qui articulent divers types de savoirs ? Comment se met en place, dans la pratique, la co-construction de savoirs ? Pour donner quelques pistes de réponse, je me positionne dans le courant critique et décolonial de la recherche-action participative (RAP) développé en Amérique latine depuis les années 1970 (voir les écrits de Fals Borda) pour proposer l’analyse processuelle (Langley, 1999) de deux trajectoires de recherche partenariale accompagnées par le Service aux collectivités (SAC) de l’UQAM. Dans les deux cas, il est question de recherches nées de besoins concrets du terrain, qui se sont développées dans un processus de co-construction s’étalant sur plusieurs années (de la construction conjointe d’une problématique jusqu’au travail d’appropriation des résultats par les milieux non académiques et académiques).

Sur la base de mon expérience de recherche partenariale, je propose également d’analyser le modèle de recherche-action du SAC à la lumière des fondements de la RAP. Ce modèle institutionnalisé au sein d’une université promeut la construction de connaissances dans une perspective de respect et non-hiérarchisation de savoirs pluriels. Il constitue en soi une innovation sociale et sert à illustrer la mise en pratique de la justice épistémique.

Résumé du colloque

La capacité, voire la légitimité, de notre monde à durer est mise à l’épreuve, autant par son insoutenabilité écologique que par l’ampleur de ses injustices sociales. L’importance de ces défis génère des tensions et une polarisation politiques croissantes qui interrogent le rôle des savoirs dans nos choix pour notre avenir commun. Pour construire d’autres horizons politiques pour ce XXIe siècle déjà mal engagé, quels savoirs est-il nécessaire de reconnaître, de construire, de mobiliser, et comment ?

Cette question invite d’abord à considérer les concepts mobilisés pour penser des avenirs souhaitables que l’on parle aujourd’hui de transition, de décroissance, de postdéveloppement, de buen vivir, de sobriété, de communs, de justice sociale, environnementale et épistémique, etc. Quels usages analytiques, mais aussi quelles mises en pratique militantes et organisationnelles ? Quelles oppositions et quelles articulations entre ces différents termes, mais aussi avec des contre-discours de plus en plus sonores (des utopies technocentristes à la multiplication des régimes antidémocratiques) ? Comment cela se concrétise-t-il sur et avec le territoire, notamment avec ses multiples acteurs à la recherche d’un plus grand pouvoir d’agir local ? Quels rôles pour les politiques sociales et quels nouveaux arrangements entre mouvements sociaux et citoyens, économie sociale et solidaire, philanthropie et État ? Dans quelle mesure ces débats résonnent-ils dans les milieux de travail, tant sur le plan des pratiques de gestion que des mobilisations collectives et de l’évolution de la qualité de l’emploi ? Comment cela s’opère-t-il dans la mise en organisation de la justice sociale, environnementale et épistémique ? Sous quelles formes organisationnelles et de quelles manières de s’organiser ?

Notre question exige aussi d’interroger les modes de construction des savoirs. Quel renouvellement des épistémologies face aux crises sociétales ? Quelle refondation des universités et des institutions productrices de savoir pour ouvrir de nouveaux horizons ? Quel rôle pour la société civile, notamment les personnes les plus marginalisées, dans la coconstruction des connaissances et la coproduction des actions collectives et des politiques publiques ? Quels savoirs oubliés, marginalisés ou invisibilisés à reconnaître ? Quel arbitrage entre défense de la science pour orienter décisions politiques et dérives épistocratiques (le règne des experts), aux dépens de la démocratie ?

Notre colloque sera l’occasion de travailler sur l’articulation entre l’émergence de nouveaux savoirs (ou la reconnaissance de savoirs déjà disponibles, mais invisibilisés) et la transformation sociale. Il s’agira d’interroger la contribution des savoirs à des transformations sociales, mais aussi de voir dans quelle mesure l’avènement d’un nouveau monde (sous ses paramètres sociaux, environnementaux, économiques, etc.) produit de nouveaux imaginaires, de nouvelles exigences épistémologiques ou de nouveaux outils cognitifs.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 9 mai 2023

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