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Emmanuelle Bernheim : Université d'Ottawa
Les recherches menées en clinique juridique dans les dernières années mettent en lumière les lacunes de la formation juridique: les étudiant·es rapportent non seulement découvrir « sur le tas » que le droit ne permet bien souvent pas de répondre aux besoins des personnes consultant en clinique juridique, mais qu’il est également bien souvent le problème. Confrontés à un sentiment d’impuissance, les étudiant·es font également face à une détresse à laquelle ils et elles ne sont pas préparé·es. L’interdisciplinarité constitue une façon d’initier les juristes aux dimensions sociales des problèmes juridiques, tout en développant leur savoir-être.
C’est sur la base de ces constats que le projet de CIDSO a été construit. Intégrant étudiant·es en droit, en technique juridique, en sciences infirmières et en travail social, la clinique promeut une formation croisée basée sur les droits. Dans ce contexte, les juristes développent leurs compétences relationnelles, arrivent à reconnaître et à gérer leurs propres émotions, comprennent le bénéfice de collaborer avec des professionnel·les d’autres disciplines et développent une approche de travail fondée sur l’advocacy. Les retombées d’un tel projet sont nombreuses, notamment l’engagement dans une pratique professionnelle axée sur la justice sociale et la mobilisation des connaissances issues des expériences en clinique dans le développement de recherches documentant le droit social en action.
La formation des juristes et la recherche en droit ont subi d’importantes transformations au cours des dernières décennies. Loin derrière se trouve l’époque des années 1950-1970, au cours desquelles la recherche en droit était considérée avec « dédain et méfiance » par la communauté juridique (CRSH, 1983; Émond, 2012), alors que les enseignements universitaires étaient concentrés sur le partage de savoirs essentiellement techniques (CRSH, 1983).
Aujourd’hui, la recherche interdisciplinaire paraît dominer les programmes de cycles supérieurs en droit, cette dernière étant perçue, en droit comme ailleurs, « de plus en plus comme une façon pertinente d’aborder des problématiques complexes » (Taché, Zimmerman et Brisson, 2011; Darbellay et Paulsen, 2008). Dans le même ordre d’idées, on observe le parcours professionnalisant du juriste en devenir se transformer pour s’ouvrir davantage à l’interdisciplinarité (Lemay et Cumyn, 2016). Par exemple, au sein des facultés de droit québécoises, l’offre de cours de 1er cycle est bonifiée pour inclure notamment des cours de philosophie et de sociologie du droit, et il est parfois obligatoire pour les étudiantes et les étudiants de sortir de sa faculté d’attache pour compléter son cursus.
Au regard de cette mobilisation croissante de l’interdisciplinarité, nous proposons un temps d’arrêt permettant de discuter des racines de certaines initiatives interdisciplinaires dans la formation des juristes, des relations que le droit entretient avec les autres disciplines et de l’identité des juristes. Ce colloque se veut de la sorte un espace de réflexion sur la place, la pertinence et les limites de cet appel à l’interdisciplinarité dans la formation de l’esprit juridique au Québec.
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