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Patrick Dieudonne Belinga Ondoua : Université de Genève
Suivant une tradition bien connue de « l’invention » du phénomène ethnique et identitaire en Afrique, la présente communication relève que l’identité autochtone n’est jamais fixe. Elle change en fonction des politiques et des contextes. Il s’agira alors de relever les dynamiques narratives et politiques de la fabrique de la conscience autochtone dans la longue durée en précisant notamment le rôle joué par la mémoire et celui des politiques foncières, territoriales et électorales depuis l’époque coloniale dans la formation, la cristallisation et le renforcement de cette conscience autochtone. L’objectif de cette communication est de saisir l’autochtonie à partir de son « énonciation politique » dans la ville de Yaoundé et dans le quartier d’Elig Effa plus particulièrement et de comprendre en quoi il est une construction politique plutôt qu’un phénomène naturel.
C’est dans le sens de cette perspective spatio-temporelle que la présente section analysera la construction des catégories identitaires en partant d’une recherche de plusieurs mois effectuée en 2021 à Elig Effa (Yaoundé) pour en préciser les singularités, mais aussi les flexibilités, les changements et les contradictions.
Ce colloque porte autant sur la notion d’autochtonie (comme catégorie juridique et levier politique de reconnaissance) que sur la manière dont elle se décline et se discute en Afrique. Autrement dit, si le continent africain servira de repère, c’est pour mieux permettre le dialogue avec les nombreux travaux abordant plus généralement l’autochtonéité, en particulier en Amérique du Nord.
De la sorte, les communications apporteront des éclairages quant à une diversité de terrains, et ce, dans la mesure où les multiples configurations étudiées offrent des occasions de discussion avec les réalités africaines, mais la réciproque n’en sera pas moins vraie.
Ainsi, ce qui rassemble ces peuples tient dans les déclarations les reconnaissant en tant que cultures spécifiques au sein de la modernité avancée. Pour autant, au-delà du terme unificateur, ces spécificités se déclinent de bien des manières.
Pour exemple, si foncièrement la qualification des populations autochtones se révèle relativement clairement établie en Amérique du Nord, il n’en va pas de même pour le continent africain, dont l’histoire coloniale est profondément différente et où se trouve interrogée la distinction des peuples selon une continuité historique.
L’intention de cette rencontre s’inscrit bien dans le contexte francophone, en ce sens que l’ancienne puissance coloniale a contribué à produire des configurations extrêmement hétérogènes. En effet, entre l’autochtonie à l’ouest de l’Atlantique, où la définition du primo-arrivant peut faire sens, face à des Européens restés sur place pour faire souche, au contraire c’est une autochtonie controversée qui se présente en Afrique, où le colonisateur n’a pas laissé derrière lui de semblables communautés, durablement installées. De plus, dans nombre de pays africains, les ethnies majoritaires revendiquent l’ancienneté séculaire de leur présence, reprochant à l’autochtonisation la saveur amère d’une injonction conceptuelle produite par des instances internationales éloignées.
Au-delà d’un comparatisme hasardeux, devant la diversité des contextes, les sessions proposées viseront davantage à alimenter les réflexions qui, en Amérique du Nord notamment, cherchent à concilier justice environnementale et équité sociale, et ce, en apportant des regards quant à d’autres contextes, que nous pensons utiles à l’objectivation. Que nous disent les travaux africanistes quant au traitement politique de l’autochtonie, mêlant plusieurs échelles d’analyse qui s’entrecoupent : internationale, nationale et locale ? Qui en sont les acteurs et quels groupes s’y trouvent impliqués ? Qu’est-ce que la notion d’autochtonie exprime vis-à-vis de la modernité réflexive ? En quoi ces démarches répondent-elles au souci d’éthique qu’elles avancent ?
Enfin, il paraîtra central d’insister sur la dimension de vulnérabilité qui est associée à l’idée de peuple autochtone. Dans ce cadre, les spécialistes des Amériques apporteront leurs expertises, étayées par plusieurs décennies critiques.
Titre du colloque :