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Adam Lyons : Université de Montréal
Cette présentation propose une étude de cas de l'aumônerie des prisons japonaises basée sur un travail de terrain et une recherche d'archives. Il est soutenu que le système pénitentiaire japonais évite l'aumônerie des prisons organisée autour d'un concept de soins spirituels, favorisant plutôt une vision de l'instruction religieuse comme moyen de stabilité sociale. Contrairement aux aumôniers d'hôpitaux du monde entier, les responsabilités officielles des aumôniers de prison japonais ne sont pas tant axées sur la souffrance individuelle de leurs clients que sur la pathologie sociale du crime. Ainsi, l'aumônerie des prisons japonaises repose sur un mélange de soutien bouddhiste traditionnel japonais à l'étatisme et de modernisme scientifique sous la forme de criminologie plutôt que de science médicale. La religion est ici conçue de manière holistique comme un élément qui relie la personne individuelle et l'ordre social.
Alors que les patients mobilisent de plus en plus les pratiques holistiques en complément (et parfois en substitut) aux soins de santé offerts par la médecine conventionnelle, des études empiriques ont montré que certaines intervenantes et intervenants en soins de santé recourraient aussi à ces pratiques, soit pour leurs besoins personnels, soit comme soutien à leur pratique professionnelle. Ces pratiques, qui sont souvent imprégnées d’une forme de spiritualité, présentent des ancrages très divers, allant des traditions de guérison issues des religions institutionnalisées aux spiritualités orientales repensées dans un sens universel ou thérapeutique. Au Québec, ces pratiques holistiques sont strictement balisées (loi 21) — une particularité locale qui ne se retrouve pas nécessairement ailleurs, la Suisse et la Colombie-Britannique offrant des exemples de régulation beaucoup moins contraignante. Un rappel historique montre en effet que la forte différenciation qui existe aujourd’hui entre les sphères de la santé et du religieux/spirituel provient d’un développement assez récent de la pratique des soins, lié à l’avènement de la modernité et du progrès scientifique. En réalité, le recours aux pratiques holistiques s’inscrit dans un mouvement historique plus large qui inclut les formes de guérison associée aux religions populaires, à l’astrologie, à l’occultisme et ayant coexisté avec les connaissances médicales empiriques. Dans les faits, ces deux mondes ne sont aujourd’hui pas si hermétiques et il existe de nombreux enchevêtrements entre les milieux spirituels et médicaux. Dans ce colloque, nous proposons un regard interdisciplinaire et transculturel, porteur d’épistémologies diverses et complémentaires sur les pratiques holistiques, de façon à discuter les enjeux, possibilités et risques inhérents à ce type de pratiques de santé. La discussion nous amènera à problématiser la notion de holisme en soi, au regard des usages et constructions sociales et politiques que le terme a suscités.
Titre du colloque :