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Prisca Benoit : INRS - Institut national de la recherche scientifique
La famille est souvent perçue comme un lieu d’unité, notamment économique. Deux suppositions soutiennent cette vision : les couples partageraient leurs ressources de façon équitable et le bien-être économique des individus serait le même que celui du ménage. Ces présomptions, partagées par l’État, camouflent le fait que le foyer peut devenir un lieu où les inégalités entre les hommes et les femmes se creusent, avec des conséquences potentiellement désastreuses, notamment en cas de séparation. Nous verrons d’abord que la gestion des revenus, des dépenses et de l’épargne au sein des couples de sexe différent peut maintenir ou accentuer des inégalités économiques qui précèdent l’union, tandis que l’arrivée des enfants peut agir comme accélérateur des iniquités. Nous verrons ensuite que les gouvernements apportent leur grain de sel à la gestion de l’argent des familles avec différentes politiques publiques leur étant destinées, notamment les allocations familiales. Depuis leur création au milieu du 20e siècle, la vaste majorité des allocations canadiennes puis québécoises sont destinées aux mères. Nous verrons comment les allocations familiales, tout en soutenant l’autonomie financière des femmes, peuvent maintenir des normes sociales qui nuisent ultimement au bien-être économique des femmes.
En 1978, le Conseil du statut de la femme dresse un état des lieux de la situation des femmes du Québec dans son avis Pour les Québécoises : égalité et indépendance. Il y examine les causes des inégalités sexuelles et analyse les obstacles qui restreignent l’autonomie des femmes et leur pleine participation à la société. Les thèmes de la socialisation, de la santé, de la famille, du marché du travail et de l’exercice du pouvoir sont scrutés à la loupe afin de débusquer les injustices et de cibler les moyens d’y remédier. L’exercice s’appuie sur une consultation menée auprès de groupes de femmes et de comités de travail dans l’appareil gouvernemental, dans le contexte où les données sur les conditions de vie des femmes sont rares et où la recherche féministe est à l’état embryonnaire.
Aujourd’hui, le champ des études féministes s’avère prolifique. Ce foisonnement implique des chercheuses et des chercheurs de différents horizons disciplinaires dont les travaux contribuent à éclairer, sous différents angles, les réalités multiples vécues par les femmes. L’heure n’est plus à l’idée d’une condition universelle des femmes, mais à la diversité des expériences, lesquelles sont appréhendées au croisement de systèmes de discrimination qui concourent à la production et à la reproduction d’inégalités sociales fondées, par exemple, sur le genre, l’orientation sexuelle et l’ethnicité. Le colloque proposé sera l’occasion de prendre acte du panorama de connaissances théoriques et empiriques produites au regard des thématiques examinées en 1978, et de mesurer les avancées et les enjeux persistants qui forment la trame de l’atteinte de l’égalité entre les femmes et les hommes au Québec.
Titre du colloque :