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Birné Ndour : Ministère de l'Éducation nationale
Notre recherche sur les perceptions des enseignant-e-s de la situation scolaire des filles et des garçons a révélé que le désavantage scolaire des filles n’est pas unanimement perçu. Notre visée compréhensive des situations perçues nous a amenée à la question suivante : « Selon les enseignant-e-s, quels facteurs influencent l’égalité scolaire de genre ? ». La revue de la littérature scientifique nous a permis d’identifier 3 catégories de facteurs d’inégalité scolaire : a) sociaux ; b) reliés à l’école ; c) en lien avec les caractéristiques des filles et des garçons.
Les données collectées lors de 9 entretiens semi-dirigés de groupes non mixtes, avec 107 enseignant-e-s de deux lycées urbains et trois lycées ruraux ont abouti à trois conclusions. La première est que les résultats ont fait émerger une quatrième catégorie de facteurs en lien avec la politique d’égalité. La deuxième : pour les deux premières catégories de facteurs (sociaux et ceux reliés à l’école), les perceptions sont davantage influencées par le milieu (urbain ou rural). Enfin, pour les facteurs reliés aux caractéristiques des filles et des garçons, et ceux en lien avec la politique, les perceptions varient encore plus en fonction du sexe des répondants.
La notion de genre est devenue omniprésente dans la recherche sur le développement en Afrique (Treillet, 2008). Toutefois, la prégnance des partenaires internationaux dans ces recherches semble avoir affaibli son potentiel transformateur des relations de pouvoir inégalitaires dans les sociétés africaines (Parpart, 2014). En effet, le genre semble avoir été instrumentalisé pour pallier la résistance au concept de féminisme en Afrique. Or, cette résistance n’est pas synonyme d’un rejet de l’idéologie féministe entendue comme une critique des rapports sociaux de genre, mais comme une distanciation avec le féminisme en tant que « cadre universaliste de mobilisation » (Latourès, 2009, p. 144). De plus, ce refus provient de chercheur·se·s d’Afrique qui cherchent à s’approprier la lecture de leur propre réalité (Touré, 2002).
Sur le plan heuristique, il serait donc important de se demander à quelles réalités nous faisons référence quand nous parlons du genre en Afrique ? Quel est le sujet politique de la recherche sur le genre en Afrique ? Pouvons-nous affirmer que recherche féministe et recherche sur le genre sont interchangeables ?
Nous aimerions en débattre au regard des résistances que génère la question du féminisme en Afrique (Dieng, 2021). Il s’agira plus spécifiquement de poser la question des enjeux qu’une recherche sur le genre pose, notamment dans le processus de construction de la connaissance. Ces enjeux de plusieurs ordres se situent à l’intersection des inégalités de genre au sein du monde universitaire, la prégnance des agences de développement, mais aussi la division internationale du travail scientifique (Direnberger et Doubogan, 2022). S’agissant de la division internationale du travail scientifique, il serait intéressant d’interroger l’hégémonie des enjeux que constitue la non-interrogation d’un certain nombre de chercheur·se·s du Nord concernant les relations de pouvoir — rapports sociaux de race qui se juxtaposent aux rapports de genre — dans les espaces universitaires et les recherches sur le genre.
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