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Axelle Ferrant : École des Sciences de la Gestion (ESG) - UQAM
N’est-il pas paradoxal d’extraire des quantités croissantes de minéraux au nom de la préservation de la planète? Quelle conception de notre rapport à la nature permet de justifier l’existence d’un tel paradoxe dans la politique minière québécoise? Dans un contexte de crise climatique globale, les gouvernements s’empressent de mettre en place des mesures sous le signe de la lutte aux changements climatiques. Les nombreuses initiatives cachent parfois des paradoxes. C’est le cas du Plan québécois pour la valorisation des minéraux critiques et stratégiques, 2020-2025, qui présente l’extraction de certains minéraux comme indispensable à la lutte aux changements climatiques et à la transition énergétique québécoise. Cette communication s’interroge sur la manière dont le gouvernement justifie ces projets miniers et conçoit le rapport à la nature. Il ressort que la nature se trouve définie en environnement, acteur passif dont l’humain assure la gestion (Escobar, 1996). Cette définition permet de soutenir la logique extractiviste d’une nature désincarnée à exploiter de manière intensive (Gudynas, 2013) pour nourrir une vision technocentriste de la transition (Audet, 2016). L’analyse suggère que le Plan invisibilise toute trajectoire alternative de la transition, alors même que ce Plan n’a pas été débattu par la population au sens large. Partir d’une conception différente de la nature, telle l’ontologie relationnelle d’Escobar (2018), permet de repenser fondamentalement ces projets.
L’extractivisme s’intensifie et se multiplie sous diverses formes partout sur la planète (Parks, 2021). Au Sud comme au Nord, attirer des capitaux pour les activités extractivistes est désormais au centre des plans de développement économique (Asselin, 2011; Beaucage, 2018) ou de relance économique visant à sortir de la crise profonde mise en évidence par la pandémie de Covid-19 (Dressler, 2021).
Le colloque veut analyser de manière critique les dynamiques de l’extractivisme et rendre visibles les alternatives à ce modèle, comme celles liées à une cosmovision ou ontologie politique (Escobar, 2012) fondées sur des relations harmonieuses entre humains et non humains. Diverses voix critiques s’expriment en faveur d’une sortie de l’extractivisme (postextractivisme) et d’autres conceptions du vivre-ensemble, et promeuvent des stratégies locales et transnationales de résistance contre les projets extractifs (Magaña, 2020; Roca et Perdomo, 2020; Svampa, 2019).
Le colloque se propose de faire un retour sur la notion d’origine de l’extractivisme, depuis les travaux pionniers des Sud-Américains Gudynas (2009), Svampa (2013) et Acosta (2013), pour en explorer de nouveaux sens et usages, comme l’extractivisme ontologique et épistémique (Grosfoguel, 2016). Chagnon et al. (2022) considèrent l’extractivisme comme concept englobant pour comprendre les processus découlant de l’accumulation contemporaine du capital à l’échelle globale et qui organise la vie humaine et non humaine en la conditionnant. Dans ce sens, en s’inspirant des travaux de Preston (2017) sur les travailleurs migrants temporaires, de Morris (2019; 2020) sur les réfugiés et de Wichterich (2020) sur les travailleuses du soin, le colloque souhaite réfléchir à l’application du concept d’extractivisme à des processus impliquant des « ressources humaines ». À cette fin, le colloque propose de penser l’extractivisme non plus au singulier mais au pluriel (« les extractivismes ») afin de rendre possible une multitude de perspectives autour du concept.
Objectifs du colloque
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