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Anne-Sophie Lambert : Université de Bourgogne
Dans un temps où la crise multiple et globale de la Terre confronte l’humanité à des défis majeurs et urgents, notre contribution - portant sur nos travaux de recherche et de thèse - vise à interroger les relations entre les dits « peuples autochtones », à partir et par-delà le continent africain, et l’ordre mondial actuel, tel qu’il se développe et se transforme depuis au moins le XVe siècle.
Pour autant, la situation variable de ces peuples, selon leurs diveres trajectoires historiques et selon les continents ou États où ils vivent, entre avancées et reculs, est loin d’être idyllique. Et la « ré-émergence » relativement plus récente de « peuples autochtones » africains a révélé de manière particulière sur le continent la complexité des enjeux et des défis autour de l’« autochtonie ».
1 Du point de vue terminologique, la notion d’autochtonie, du fait de son caractère polysémique, interactionnel et changeant sur le continent, y fait aujourd’hui l’objet de débats voire de controverses, mais aussi de nuances et d’intérêts grandissants, en fonction des enjeux politiques et économiques sous-jacents.
2 Dans ce contexte complexe du continent, force est de constater que, pour de nombreuses raisons, la recherche concernant les problématiques des peuples autochtones d’Afrique, éclairée par une mise en perspective historique sur le long terme de leurs dynamiques, et prenant en compte les dimensions à la fois locale, nationale et globale de leurs interactions, est beaucoup moins avancée.
Ce colloque porte autant sur la notion d’autochtonie (comme catégorie juridique et levier politique de reconnaissance) que sur la manière dont elle se décline et se discute en Afrique. Autrement dit, si le continent africain servira de repère, c’est pour mieux permettre le dialogue avec les nombreux travaux abordant plus généralement l’autochtonéité, en particulier en Amérique du Nord.
De la sorte, les communications apporteront des éclairages quant à une diversité de terrains, et ce, dans la mesure où les multiples configurations étudiées offrent des occasions de discussion avec les réalités africaines, mais la réciproque n’en sera pas moins vraie.
Ainsi, ce qui rassemble ces peuples tient dans les déclarations les reconnaissant en tant que cultures spécifiques au sein de la modernité avancée. Pour autant, au-delà du terme unificateur, ces spécificités se déclinent de bien des manières.
Pour exemple, si foncièrement la qualification des populations autochtones se révèle relativement clairement établie en Amérique du Nord, il n’en va pas de même pour le continent africain, dont l’histoire coloniale est profondément différente et où se trouve interrogée la distinction des peuples selon une continuité historique.
L’intention de cette rencontre s’inscrit bien dans le contexte francophone, en ce sens que l’ancienne puissance coloniale a contribué à produire des configurations extrêmement hétérogènes. En effet, entre l’autochtonie à l’ouest de l’Atlantique, où la définition du primo-arrivant peut faire sens, face à des Européens restés sur place pour faire souche, au contraire c’est une autochtonie controversée qui se présente en Afrique, où le colonisateur n’a pas laissé derrière lui de semblables communautés, durablement installées. De plus, dans nombre de pays africains, les ethnies majoritaires revendiquent l’ancienneté séculaire de leur présence, reprochant à l’autochtonisation la saveur amère d’une injonction conceptuelle produite par des instances internationales éloignées.
Au-delà d’un comparatisme hasardeux, devant la diversité des contextes, les sessions proposées viseront davantage à alimenter les réflexions qui, en Amérique du Nord notamment, cherchent à concilier justice environnementale et équité sociale, et ce, en apportant des regards quant à d’autres contextes, que nous pensons utiles à l’objectivation. Que nous disent les travaux africanistes quant au traitement politique de l’autochtonie, mêlant plusieurs échelles d’analyse qui s’entrecoupent : internationale, nationale et locale ? Qui en sont les acteurs et quels groupes s’y trouvent impliqués ? Qu’est-ce que la notion d’autochtonie exprime vis-à-vis de la modernité réflexive ? En quoi ces démarches répondent-elles au souci d’éthique qu’elles avancent ?
Enfin, il paraîtra central d’insister sur la dimension de vulnérabilité qui est associée à l’idée de peuple autochtone. Dans ce cadre, les spécialistes des Amériques apporteront leurs expertises, étayées par plusieurs décennies critiques.
Titre du colloque :