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Virginie Rozee : INED
A partir des travaux réunis dans les deux numéros spéciaux que nous avons coordonnés en 2021 sur les violences gynécologiques et obstétricales (Cahiers du genre et Santé Publique), et des recherches que nous avons menées, notre communication vise à analyser en France l’histoire contemporaine de ce concept et les controverses actuelles qui limitent la mise en place de solutions pour y faire face. Si les violences gynécologiques, et obstétricales surtout, constituaient une question sociale et politique sous-jacente depuis les années 1970, ce n’est qu’au milieu des années 2010 qu’elles deviennent un enjeu publique et politique. La multiplication des témoignages sur les réseaux sociaux, fortement relayés par les médias, conduisent l’Etat et l’Académie de médecine à se saisir de la question en 2018. Dès lors, on voit que le mot « violences », mobilisé par de nombreuses militantes et associations, peinent à être légitimé en France, notamment au sein de la communauté médicale. Aujourd’hui
encore, le mot fait l’objet de tensions car il connote, selon les professionnel∙les de santé, une dimension intentionnelle qui est réfutée. La notion de consentement est également au cœur de vifs débats, y compris au sein du gouvernement. Toutes ces controverses témoignent de l’importance de mener des recherches spécifiques sur les violences gynécologiques et obstétricales depuis la perspective des femmes elles-mêmes, pour mieux les définir, les comprendre et les combattre.
Les violences obstétricales, gynécologiques et reproductives (VOGR) sont loin d’être marginales. Qu’elles se produisent dans un service de santé ou dans une relation intime, elles constituent une entrave à l’intégrité corporelle ainsi qu’à l’autonomie reproductive et décisionnelle de celles qui les subissent. On pense ici à des gestes médicaux imposés lors d’examens gynécologiques ou pendant un accouchement ou encore à la pression exercée sur des femmes pour qu’elles deviennent enceintes. Les VOGR renvoient à des comportements ou des paroles qui ne tiennent pas compte du consentement de la personne qui en est victime, et ce, à l’intérieur de rapports de force, de domination et de coercition. Or, les VOGR restent encore peu documentées (Grace et Anderson, 2018; Sutton et Knight, 2020). Les connaissances récentes émergent de la rencontre des savoirs universitaires, pratiques, expérientiels et militants afin de mieux comprendre les contextes, formes et conséquences inhérentes aux VOGR (Rozée et Schantz, 2021).
Dans le cadre du colloque, une exploration de l’historiographie des VOGR permettra de situer les savoirs existants et de visibiliser les différents mouvements féministes qui ont contribué à la reconnaissance des VOGR. Par la suite, des réflexions s’inscrivant dans une approche féministe et intersectionnelle des VOGR permettront d’amplifier les voix des personnes ciblées par des systèmes d’oppression contribuant à l’expression disproportionnée et spécifique de ces violences. On peut évoquer ici l’imbrication du colonialisme et du sexisme en lien avec la stérilisation imposée aux femmes autochtones (Basile et Bouchard, 2022) ou encore celle du racisme et du sexisme quant au manque de soutien et de considération que peuvent vivre les femmes noires et racisées à l’intérieur des services de santé reproductive (Vedam et al., 2019). À cela s’ajoutent notamment des discriminations basées sur la classe sociale ou le capacitisme qui exposent aussi les femmes pauvres ou en situation de handicap à ce genre de violences (Morin-Aubut, 2020). Enfin, on s’intéressera aux pratiques prometteuses et aux actions à mobiliser pour lutter efficacement contre les VOGR. Entre prévention, formation et soutien, plusieurs pistes seront partagées et discutées.
Titre du colloque :