Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Gaétane Dostie : Université de Sherbrooke
De manière générale, le point de départ pour aborder la problématique de la variation diatopique lexicale est le mot ou encore la locution intra-phrastique (par exemple, verbale ou nominale). Nous nous intéressons ici à la typologisation des diatopismes phrastiques à partir d’un examen d’une centaine de locutions-phrases génériques et situationnelles utilisées en français québécois en contexte informel et semi-formel. L’intégration de la locution-phrase à la réflexion apporte un éclairage complémentaire à la problématique complexe de la variation diatopique. Ainsi, on peut s’attendre à repérer dans le lot des locutions-phrases étudiées, notamment, des emprunts et des archaïsmes (Poirier 1995). Mais on y trouve aussi d’autres sous-catégories de locutions-phrases, marginalisées dans les travaux consacrés à la variation, dont des diatopismes phrastiques socioculturels. Ces deniers sont issus de phrases publiques (Dostie 2019) propres à une culture donnée, comme des slogans publicitaires et des phrases clichées produites par des personnages publics. Ces phrases publiques, recyclées en locutions-phrases conventionnées dans le système linguistique, ont subi une extension de sens, souvent rapide. Les nouvelles locutions-phrases ainsi formées doivent être décrites dans le dictionnaire, au même titre que tout autre type de locution-phrase. Des propositions de modélisation lexicographique en ce sens seront formulées.
Les phraséologismes (aussi appelés unités phraséologiques ou phrasèmes) sont des séquences :
– polylexicales, c’est-à-dire qu’elles sont formées d’au moins deux unités utilisées, avec une certaine récurrence, en contiguïté ou à proximité dans les textes (p. ex. au Québec, coûter une beurrée, en France et en Suisse, coûter bonbon, en Belgique, coûter un os; Lamiroy et al., 2010, p. 33-34);
– préfabriquées d’un point de vue cognitif. Il y a mémorisation « connectée » des unités figurant dans leur signifiant;
– contraintes sur le plan paradigmatique. Les unités en présence ne commutent pas librement avec d’autres unités de sens proche (p. ex. : *coûter une tranche). D’autres contraintes peuvent s’ajouter, notamment d’ordre syntaxique (p. ex. : impossibilité de passiver, d’introduire une négation) et pragmatique (p. ex. : l’affiche apportez votre vin sera placée bien en vue à l’entrée d’un restaurant au Québec).
La vaste classe des phraséologismes n’est pas unifiée. À titre indicatif, Iordanskaja et Mel’čuk (2017) proposent une typologie des phrasèmes qui compte, à son extrémité inférieure, 10 sous-classes aux propriétés sémantico-pragmatiques clairement délimitées (cf. locutions fortes, semi-locutions, locutions faibles, collocations standard, collocations non standard, nominèmes, pseudo-nominèmes, termèmes, formulèmes, sentencèmes).
Le colloque est l’occasion de réfléchir aux phraséologismes, dans toute leur complexité, en établissant un lien explicite avec la problématique de la variation, de l’innovation et du changement linguistique – en français ou dans une autre langue. Cette problématique, centrale dans les annales linguistiques depuis plusieurs décennies, est demeurée dans le champ de vision périphérique des phraséologues – du moins des phraséologues spécialistes du français – à l’exception de quelques cas notables (p. ex. : Lamiroy et al., 2010 et Lamiroy, 2020 sur les expressions verbales de la francophonie; voir aussi Cahiers de lexicologie, no 116, 2020).