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Lucile Quéré : HES-SO
Depuis une dizaine d’années, le courant de self-help féministe qui conteste l’emprise médicale sur le corps des femmes connait un nouvel essor. Il rassemble profanes et professionnelles de santé tentant de transformer l'encadrement médical du corps des femmes. En s’appropriant les savoirs médicaux et en valorisant les savoirs profanes, elles tentent de développer une sorte de gynécologie féministe afin de lutter contre les violences gynécologiques. Cette communication entend étudier les effets de ces mobilisations sur les pratiques des profanes et des professionnelles de santé à partir d’une enquête ethnographique menée par observations et entretiens (n=68) entre 2015 et 2019 auprès de militantes du self-help gynécologique en Belgique wallonne, France et Suisse romande. La communication interroge l’alliance entre médecins, sages-femmes et profanes contre le pouvoir des gynécologues. Que font ces collaborations aux profanes d’un côté et aux professionnelles de santé de l’autre ? Les profanes cherchent à faire reconnaître les savoirs qu’elles ont acquis et accumulés par la participation aux mobilisations de self-help. Les professionnelles de santé sont amenées à modifier leurs pratiques professionnelles (allongement du temps de la consultation, auto-frottis, accès au miroir, etc.). Pour toutes se jouent des formes d’hybridation des trajectoires militantes et professionnelles, qu’il s’agisse de prolonger professionnellement la cause ou de transformer le métier par la cause.
Les violences obstétricales, gynécologiques et reproductives (VOGR) sont loin d’être marginales. Qu’elles se produisent dans un service de santé ou dans une relation intime, elles constituent une entrave à l’intégrité corporelle ainsi qu’à l’autonomie reproductive et décisionnelle de celles qui les subissent. On pense ici à des gestes médicaux imposés lors d’examens gynécologiques ou pendant un accouchement ou encore à la pression exercée sur des femmes pour qu’elles deviennent enceintes. Les VOGR renvoient à des comportements ou des paroles qui ne tiennent pas compte du consentement de la personne qui en est victime, et ce, à l’intérieur de rapports de force, de domination et de coercition. Or, les VOGR restent encore peu documentées (Grace et Anderson, 2018; Sutton et Knight, 2020). Les connaissances récentes émergent de la rencontre des savoirs universitaires, pratiques, expérientiels et militants afin de mieux comprendre les contextes, formes et conséquences inhérentes aux VOGR (Rozée et Schantz, 2021).
Dans le cadre du colloque, une exploration de l’historiographie des VOGR permettra de situer les savoirs existants et de visibiliser les différents mouvements féministes qui ont contribué à la reconnaissance des VOGR. Par la suite, des réflexions s’inscrivant dans une approche féministe et intersectionnelle des VOGR permettront d’amplifier les voix des personnes ciblées par des systèmes d’oppression contribuant à l’expression disproportionnée et spécifique de ces violences. On peut évoquer ici l’imbrication du colonialisme et du sexisme en lien avec la stérilisation imposée aux femmes autochtones (Basile et Bouchard, 2022) ou encore celle du racisme et du sexisme quant au manque de soutien et de considération que peuvent vivre les femmes noires et racisées à l’intérieur des services de santé reproductive (Vedam et al., 2019). À cela s’ajoutent notamment des discriminations basées sur la classe sociale ou le capacitisme qui exposent aussi les femmes pauvres ou en situation de handicap à ce genre de violences (Morin-Aubut, 2020). Enfin, on s’intéressera aux pratiques prometteuses et aux actions à mobiliser pour lutter efficacement contre les VOGR. Entre prévention, formation et soutien, plusieurs pistes seront partagées et discutées.
Titre du colloque :