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Yvette Onibon Doubogan : Université de Parakou - République du Bénin
Cette communication analyse les savoirs locaux endogènes des mouvements féministes du Bénin en mettant en évidence l’influence de l’efficacité de leurs actions sur la promotion de l’égalité entre les sexes dans le domaine de l’éducation. Elle adopte une démarche méthodologique qualitative dont la portée est essentiellement descriptive et analytique. Elle s’appuie d’une part sur des entretiens individuels approfondis réalisés principalement avec des responsables d’organisations féministes du Bénin travaillant en faveur d’une éducation inclusive. La triangulation des données de terrain dans la perspective de la théorie de la reproduction sociale de Merteuil (2019) révèle que loin seulement de s’inscrire dans une logique de reproduction sociale de l’idéologie développementiste occidentale, les mouvements féministes du Bénin développent des savoirs pratiques endogènes pour promouvoir l’équité genre dans le domaine de l’éducation. La recherche démontre que s’il est vrai que l’institutionnalisation et l’ONGisation des mouvements féministes au Bénin à travers des financements/orientations de la coopération internationale et de l’aide au développement constituent des facteurs de domestication et d’instrumentalisation de ces mouvements, il n’en demeure pas moins que la décolonisation du féminisme béninois constitue un enjeu à l’efficacité et à la durabilité des actions de lutte contre les inégalités de genre.
La notion de genre est devenue omniprésente dans la recherche sur le développement en Afrique (Treillet, 2008). Toutefois, la prégnance des partenaires internationaux dans ces recherches semble avoir affaibli son potentiel transformateur des relations de pouvoir inégalitaires dans les sociétés africaines (Parpart, 2014). En effet, le genre semble avoir été instrumentalisé pour pallier la résistance au concept de féminisme en Afrique. Or, cette résistance n’est pas synonyme d’un rejet de l’idéologie féministe entendue comme une critique des rapports sociaux de genre, mais comme une distanciation avec le féminisme en tant que « cadre universaliste de mobilisation » (Latourès, 2009, p. 144). De plus, ce refus provient de chercheur·se·s d’Afrique qui cherchent à s’approprier la lecture de leur propre réalité (Touré, 2002).
Sur le plan heuristique, il serait donc important de se demander à quelles réalités nous faisons référence quand nous parlons du genre en Afrique ? Quel est le sujet politique de la recherche sur le genre en Afrique ? Pouvons-nous affirmer que recherche féministe et recherche sur le genre sont interchangeables ?
Nous aimerions en débattre au regard des résistances que génère la question du féminisme en Afrique (Dieng, 2021). Il s’agira plus spécifiquement de poser la question des enjeux qu’une recherche sur le genre pose, notamment dans le processus de construction de la connaissance. Ces enjeux de plusieurs ordres se situent à l’intersection des inégalités de genre au sein du monde universitaire, la prégnance des agences de développement, mais aussi la division internationale du travail scientifique (Direnberger et Doubogan, 2022). S’agissant de la division internationale du travail scientifique, il serait intéressant d’interroger l’hégémonie des enjeux que constitue la non-interrogation d’un certain nombre de chercheur·se·s du Nord concernant les relations de pouvoir — rapports sociaux de race qui se juxtaposent aux rapports de genre — dans les espaces universitaires et les recherches sur le genre.
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