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Anne-Marie Rouillier : Université Laval
Lorsque tenté, le démarrage de l’allaitement est un moment révélateur de la cristallisation des attentes à l’égard de « la bonne mère »; pression externe et attentes parentales se multipliant (Dionne 2016; Lupton 2012). Adoptant la posture critique de l’anthropologie socioculturelle de la reproduction (Han et Tomori 2021), cette présentation se fonde sur une ethnographie sur le territoire de la Capitale-Nationale (Québec). Les perspectives de 40 parents et de 13 personnes-ressources ont été colligées et ont fait l’objet d’une analyse de contenu, révélant que certaines mères traverseront des moments difficiles dans leur projet d’alimentation du bébé, parfois en raison de dynamiques négatives vécues auprès du personnel soignant. Les résultats me permettent d’avancer que, d’une part, les soins liés à la lactation peuvent mener à des violences s’inscrivant sur le continuum des violences obstétricales/reproductives (Favre 2020, Lévesque et al. 2018). De surcroît, des questions se posent quant aux limites du soutien à l’allaitement; comment informer sans imposer, même si l’allaitement représente la norme de santé publique (Tomori et al. 2021)? D’autre part, les violences obstétricales lors de l’accouchement ont des effets sur la lactation, car elles peuvent interférer avec les processus biologiques et relationnels et avec l’agencéité des mères. Une approche des soins inspirée de la justice reproductive apparait favorable à une expérience positive chez les familles.
Les violences obstétricales, gynécologiques et reproductives (VOGR) sont loin d’être marginales. Qu’elles se produisent dans un service de santé ou dans une relation intime, elles constituent une entrave à l’intégrité corporelle ainsi qu’à l’autonomie reproductive et décisionnelle de celles qui les subissent. On pense ici à des gestes médicaux imposés lors d’examens gynécologiques ou pendant un accouchement ou encore à la pression exercée sur des femmes pour qu’elles deviennent enceintes. Les VOGR renvoient à des comportements ou des paroles qui ne tiennent pas compte du consentement de la personne qui en est victime, et ce, à l’intérieur de rapports de force, de domination et de coercition. Or, les VOGR restent encore peu documentées (Grace et Anderson, 2018; Sutton et Knight, 2020). Les connaissances récentes émergent de la rencontre des savoirs universitaires, pratiques, expérientiels et militants afin de mieux comprendre les contextes, formes et conséquences inhérentes aux VOGR (Rozée et Schantz, 2021).
Dans le cadre du colloque, une exploration de l’historiographie des VOGR permettra de situer les savoirs existants et de visibiliser les différents mouvements féministes qui ont contribué à la reconnaissance des VOGR. Par la suite, des réflexions s’inscrivant dans une approche féministe et intersectionnelle des VOGR permettront d’amplifier les voix des personnes ciblées par des systèmes d’oppression contribuant à l’expression disproportionnée et spécifique de ces violences. On peut évoquer ici l’imbrication du colonialisme et du sexisme en lien avec la stérilisation imposée aux femmes autochtones (Basile et Bouchard, 2022) ou encore celle du racisme et du sexisme quant au manque de soutien et de considération que peuvent vivre les femmes noires et racisées à l’intérieur des services de santé reproductive (Vedam et al., 2019). À cela s’ajoutent notamment des discriminations basées sur la classe sociale ou le capacitisme qui exposent aussi les femmes pauvres ou en situation de handicap à ce genre de violences (Morin-Aubut, 2020). Enfin, on s’intéressera aux pratiques prometteuses et aux actions à mobiliser pour lutter efficacement contre les VOGR. Entre prévention, formation et soutien, plusieurs pistes seront partagées et discutées.
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