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Perceptions, représentations et pratiques du plaisir sexuel chez les femmes sénégalaises »

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Anna Diop Dubois : Université Cheikh-Anta-Diop

Résumé de la communication

La littérature scientifique offre encore aujourd’hui une vision très partielle et péjorative des sexualités des pays d’Afrique Sub-Saharienne (SSA). Elle décrit en effet les sexualités principalement par le biais des maladies telles que le SIDA, les mutilations sexuelles, les problématiques de sur-fertilité (Epprecht, 2009 ; Chi-Chi et al, 2008, Tamale et al, 2015 ; Naminate 2011 ;...), ou encore par le biais d’un imaginaire fantasmé du corps noir,à la fois un corps exotique à la sexualité hors norme et en même temps un corps voilé, religieux et mystérieux (Boëtsch et al, 2019 ; Arnfeed 2011, Bakare-Yousuf 2013 ;...). Ces conclusions peuvent se comprendre ainsi : la littérature se construit au départ sur la base des récits coloniaux dès le XVIe siècle (premières descriptions de l’Afrique SSA) ; la littérature scientifique est produite dans le cadre de recherches destinées à remédier à des problèmes de santé publique (épidémies de SIDA dans les années 80 par exemple) souvent financées par des institutions occidentales. En réaction, des chercheurs africains ou de la diaspora, comme S. Tamale pour ne citer qu’elle, ont commencé à remettre en cause cette vision et ont milité pour une recherche sur la sexualité plus globale, notamment en intégrant la notion de plaisir et de désir sexuel comme partie intégrante des sexualités en Afrique SSA.

L’objectif de cette communication est donc pour moi de questionner l’origine des connaissances produites (d’où ? Par qui ?…) et d’interroger le cadre théorique et disciplinaire dans lequel je m’inscris.

Pourquoi les sexualités des femmes d'Afrique (et au Sénégal particulièrement) ? Poursuivant des études d’anthropologie biologique, le corps comme corps perçu, corps social, corps biologique… est placé au centre de la réflexion. Dans ce cadre, l’orgasme féminin comme phénomène bio-psycho-social, mais aussi pour tout ce qu’il a de mystérieux (les problématiques qui en découlent, par exemple les inégalités hommes/femmes dans la survenue du plaisir – l’orgasm gap), semble un prisme pertinent pour penser et questionner le genre en Afrique.

Résumé du colloque

La notion de genre est devenue omniprésente dans la recherche sur le développement en Afrique (Treillet, 2008). Toutefois, la prégnance des partenaires internationaux dans ces recherches semble avoir affaibli son potentiel transformateur des relations de pouvoir inégalitaires dans les sociétés africaines (Parpart, 2014). En effet, le genre semble avoir été instrumentalisé pour pallier la résistance au concept de féminisme en Afrique. Or, cette résistance n’est pas synonyme d’un rejet de l’idéologie féministe entendue comme une critique des rapports sociaux de genre, mais comme une distanciation avec le féminisme en tant que « cadre universaliste de mobilisation » (Latourès, 2009, p. 144). De plus, ce refus provient de chercheur·se·s d’Afrique qui cherchent à s’approprier la lecture de leur propre réalité (Touré, 2002).

Sur le plan heuristique, il serait donc important de se demander à quelles réalités nous faisons référence quand nous parlons du genre en Afrique ? Quel est le sujet politique de la recherche sur le genre en Afrique ? Pouvons-nous affirmer que recherche féministe et recherche sur le genre sont interchangeables ?

Nous aimerions en débattre au regard des résistances que génère la question du féminisme en Afrique (Dieng, 2021). Il s’agira plus spécifiquement de poser la question des enjeux qu’une recherche sur le genre pose, notamment dans le processus de construction de la connaissance. Ces enjeux de plusieurs ordres se situent à l’intersection des inégalités de genre au sein du monde universitaire, la prégnance des agences de développement, mais aussi la division internationale du travail scientifique (Direnberger et Doubogan, 2022). S’agissant de la division internationale du travail scientifique, il serait intéressant d’interroger l’hégémonie des enjeux que constitue la non-interrogation d’un certain nombre de chercheur·se·s du Nord concernant les relations de pouvoir — rapports sociaux de race qui se juxtaposent aux rapports de genre — dans les espaces universitaires et les recherches sur le genre.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 9 mai 2023

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