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« Prendre soin des malades à partir de leurs histoires : enjeux éthiques de la médecine narrative »

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Morgane Romero : Université de Lausanne

Résumé de la communication

La médecine narrative s’est développée dans les années 80 en complément de l’Evidence Based Medicine, remettant au cœur du soin les récits de maladies. Cette médecine se veut holistique par le fait même de ne plus prendre en charge seulement une disease mais en prenant en soin les impacts existentiels (illness) et sociaux (sickness) de cette même disease chez l’individu qu’elle touche. La docteure Rita Charon, figure centrale de cette approche narrative du soin, affirme dans ces écrits que les faits observables de la maladie ne font sens que dans leur mise en perspective avec le vécu de la personne malade. Pour prendre soin, le soignant doit d’abord entendre l’histoire de la maladie vécue, ce sans quoi l’interprétation des faits de la maladie et sa prise en charge demeureront incomplètes : « Une médecine qui se pratique sans réelle conscience de ce que les patients traversent, peut atteindre ses objectifs techniques, mais reste une médecine vide, ou, au mieux, une demi-médecine. » (Charon, 2015). Si cette nouvelle approche du soin semble se présenter et être perçue comme la solution miracle à tous les maux inhérents à la relation thérapeutique et au manque de reconnaissance dont peuvent parfois souffrir les personnes malades, n’est-elle pas en même temps le lieu de nouveaux jeux de pouvoir au sein de cette même relation ? Il s’agira, par cette présentation, de proposer une réflexion sur les enjeux éthiques que soulèvent cette nouvelle approche du soin.

Résumé du colloque

Alors que les patients mobilisent de plus en plus les pratiques holistiques en complément (et parfois en substitut) aux soins de santé offerts par la médecine conventionnelle, des études empiriques ont montré que certaines intervenantes et intervenants en soins de santé recourraient aussi à ces pratiques, soit pour leurs besoins personnels, soit comme soutien à leur pratique professionnelle. Ces pratiques, qui sont souvent imprégnées d’une forme de spiritualité, présentent des ancrages très divers, allant des traditions de guérison issues des religions institutionnalisées aux spiritualités orientales repensées dans un sens universel ou thérapeutique. Au Québec, ces pratiques holistiques sont strictement balisées (loi 21) — une particularité locale qui ne se retrouve pas nécessairement ailleurs, la Suisse et la Colombie-Britannique offrant des exemples de régulation beaucoup moins contraignante. Un rappel historique montre en effet que la forte différenciation qui existe aujourd’hui entre les sphères de la santé et du religieux/spirituel provient d’un développement assez récent de la pratique des soins, lié à l’avènement de la modernité et du progrès scientifique. En réalité, le recours aux pratiques holistiques s’inscrit dans un mouvement historique plus large qui inclut les formes de guérison associée aux religions populaires, à l’astrologie, à l’occultisme et ayant coexisté avec les connaissances médicales empiriques. Dans les faits, ces deux mondes ne sont aujourd’hui pas si hermétiques et il existe de nombreux enchevêtrements entre les milieux spirituels et médicaux. Dans ce colloque, nous proposons un regard interdisciplinaire et transculturel, porteur d’épistémologies diverses et complémentaires sur les pratiques holistiques, de façon à discuter les enjeux, possibilités et risques inhérents à ce type de pratiques de santé. La discussion nous amènera à problématiser la notion de holisme en soi, au regard des usages et constructions sociales et politiques que le terme a suscités.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
Discutant-e- de la session : Pierre Minn
section icon Date : 9 mai 2023

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