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Hind Obad-Fathallah : Réseau Québécois de l'Action Communautaire Autonome (RQ-ACA)
Alors que la crise de la COVID-19 a mis en lumière le rôle crucial des organismes d’action communautaire autonome (ACA), leurs actions et leurs savoirs peinent encore à être reconnus. Qu’il s’agisse de justice sociale, de droits des femmes, etc., l’ACA est un mouvement social et politique qui a historiquement été à l’avant-garde dans la construction d’un contre-discours fort. Cependant, plusieurs facteurs tels que le manque de ressources ou la dévalorisation des savoirs expérientiels limitent la diffusion de ce discours alternatif. C’est pour visibiliser et valoriser l’expertise, les réalités et l’apport de ces organismes au sein de la société québécoise que l’Observatoire de l’ACA est né en 2020. À l’initiative de 2 regroupements, la TNCDC et le RQ-ACA, ce projet place la recherche au service du milieu communautaire et, ultimement, de la transformation sociale. Alors que très peu de recherches sont produites par et pour les groupes communautaires, il est apparu essentiel pour le milieu de se doter de données et d’analyses solides, en misant sur la co-construction des connaissances. Cette ambition n’est pas exempte de défis. Comment créer de nouvelles connaissances mais aussi valoriser les savoirs existants sur le terrain? Comment valoriser l’action du milieu communautaire et appuyer des revendications politiques tout en gardant sa rigueur scientifique? Comment construire d’autres horizons politiques grâce à un Observatoire de recherche par et pour le milieu communautaire?
La capacité, voire la légitimité, de notre monde à durer est mise à l’épreuve, autant par son insoutenabilité écologique que par l’ampleur de ses injustices sociales. L’importance de ces défis génère des tensions et une polarisation politiques croissantes qui interrogent le rôle des savoirs dans nos choix pour notre avenir commun. Pour construire d’autres horizons politiques pour ce XXIe siècle déjà mal engagé, quels savoirs est-il nécessaire de reconnaître, de construire, de mobiliser, et comment ?
Cette question invite d’abord à considérer les concepts mobilisés pour penser des avenirs souhaitables que l’on parle aujourd’hui de transition, de décroissance, de postdéveloppement, de buen vivir, de sobriété, de communs, de justice sociale, environnementale et épistémique, etc. Quels usages analytiques, mais aussi quelles mises en pratique militantes et organisationnelles ? Quelles oppositions et quelles articulations entre ces différents termes, mais aussi avec des contre-discours de plus en plus sonores (des utopies technocentristes à la multiplication des régimes antidémocratiques) ? Comment cela se concrétise-t-il sur et avec le territoire, notamment avec ses multiples acteurs à la recherche d’un plus grand pouvoir d’agir local ? Quels rôles pour les politiques sociales et quels nouveaux arrangements entre mouvements sociaux et citoyens, économie sociale et solidaire, philanthropie et État ? Dans quelle mesure ces débats résonnent-ils dans les milieux de travail, tant sur le plan des pratiques de gestion que des mobilisations collectives et de l’évolution de la qualité de l’emploi ? Comment cela s’opère-t-il dans la mise en organisation de la justice sociale, environnementale et épistémique ? Sous quelles formes organisationnelles et de quelles manières de s’organiser ?
Notre question exige aussi d’interroger les modes de construction des savoirs. Quel renouvellement des épistémologies face aux crises sociétales ? Quelle refondation des universités et des institutions productrices de savoir pour ouvrir de nouveaux horizons ? Quel rôle pour la société civile, notamment les personnes les plus marginalisées, dans la coconstruction des connaissances et la coproduction des actions collectives et des politiques publiques ? Quels savoirs oubliés, marginalisés ou invisibilisés à reconnaître ? Quel arbitrage entre défense de la science pour orienter décisions politiques et dérives épistocratiques (le règne des experts), aux dépens de la démocratie ?
Notre colloque sera l’occasion de travailler sur l’articulation entre l’émergence de nouveaux savoirs (ou la reconnaissance de savoirs déjà disponibles, mais invisibilisés) et la transformation sociale. Il s’agira d’interroger la contribution des savoirs à des transformations sociales, mais aussi de voir dans quelle mesure l’avènement d’un nouveau monde (sous ses paramètres sociaux, environnementaux, économiques, etc.) produit de nouveaux imaginaires, de nouvelles exigences épistémologiques ou de nouveaux outils cognitifs.
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