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Karina Daigle : UQO - Université du Québec en Outaouais
La médicalisation de la naissance est un phénomène vécu à travers le monde qui s’est traduit par une fragmentation des soins occasionnant un manque de continuité relationnelle des soins(Renfrew et al., 2014). Ce manque de continuité relationnelle dans les soins a été identifié comme étant une dimension pouvant contribuer au phénomène des violences obstétricales, gynécologiques et reproductives (VOGR) (Bohren et al 2015;Clesse et al., 2018). L’étude qualitative longitudinale participative de Daigle(2019) a résulté par la co-construction d’un prototype présentant un modèle de continuité relationnelle des soins dirigé par la femme et l’infirmière. Une des hypothèses de ce modèle de soins novateur fondé sur la continuité relationnelle est qu’il favoriserait l’humanisation des soins et pourrait prévenir les VOGR et ses conséquences sur la santé globale de la femme. Les résultats ont permis de décrire les thèmes et les sous-thèmes représentant ledit modèle de soins : i)les composantes du modèle de soins et ii)le partenariat relationnel représenté par les comportements types de la femme et de l’infirmière pour créer un processus d’engagement au niveau clinique.Une des retombées de cette étude est de proposer un modèle de soins novateur qualifié d’une pratique prometteuse pouvant soutenir la transformation des actions des infirmières visant à lutter contre les VOGR. Or, cette transformation des pratiques ne peut se faire si les femmes ne sont pas celles qui dirigent leur propre soin.
Les violences obstétricales, gynécologiques et reproductives (VOGR) sont loin d’être marginales. Qu’elles se produisent dans un service de santé ou dans une relation intime, elles constituent une entrave à l’intégrité corporelle ainsi qu’à l’autonomie reproductive et décisionnelle de celles qui les subissent. On pense ici à des gestes médicaux imposés lors d’examens gynécologiques ou pendant un accouchement ou encore à la pression exercée sur des femmes pour qu’elles deviennent enceintes. Les VOGR renvoient à des comportements ou des paroles qui ne tiennent pas compte du consentement de la personne qui en est victime, et ce, à l’intérieur de rapports de force, de domination et de coercition. Or, les VOGR restent encore peu documentées (Grace et Anderson, 2018; Sutton et Knight, 2020). Les connaissances récentes émergent de la rencontre des savoirs universitaires, pratiques, expérientiels et militants afin de mieux comprendre les contextes, formes et conséquences inhérentes aux VOGR (Rozée et Schantz, 2021).
Dans le cadre du colloque, une exploration de l’historiographie des VOGR permettra de situer les savoirs existants et de visibiliser les différents mouvements féministes qui ont contribué à la reconnaissance des VOGR. Par la suite, des réflexions s’inscrivant dans une approche féministe et intersectionnelle des VOGR permettront d’amplifier les voix des personnes ciblées par des systèmes d’oppression contribuant à l’expression disproportionnée et spécifique de ces violences. On peut évoquer ici l’imbrication du colonialisme et du sexisme en lien avec la stérilisation imposée aux femmes autochtones (Basile et Bouchard, 2022) ou encore celle du racisme et du sexisme quant au manque de soutien et de considération que peuvent vivre les femmes noires et racisées à l’intérieur des services de santé reproductive (Vedam et al., 2019). À cela s’ajoutent notamment des discriminations basées sur la classe sociale ou le capacitisme qui exposent aussi les femmes pauvres ou en situation de handicap à ce genre de violences (Morin-Aubut, 2020). Enfin, on s’intéressera aux pratiques prometteuses et aux actions à mobiliser pour lutter efficacement contre les VOGR. Entre prévention, formation et soutien, plusieurs pistes seront partagées et discutées.
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