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Jacques L. Boucher : UQO - Université du Québec en Outaouais
Dans les sociétés occidentales industrialisées, les syndicats d’ouvriers ont réussi à obtenir leur reconnaissance à travers des luttes de longue haleine étant suivis en cela par les salariés des services dans la foulée du développement de ces derniers. Cette reconnaissance est codifiée dans les législations (Code) du travail, mais leur portée est limitée à la dimension économique (salaires, avantages sociaux, sécurité d’emploi) du rapport au travail. Or, si nous portons une attention plus fine aux aspirations des salariés de la production des biens et des services, nous découvrons, sur le moyen et long termes, que les salariés, avec leurs syndicats, cherchent à s’approprier une maîtrise tangible des lieux de travail et des conditions de vie, bien que les résultats ne se manifestent pas toujours de façon immédiate ou directe. Pour décoder ces aspirations ouvrières et des salariés en général, nous allons partir de deux actions syndicales souvent considérées comme emblématiques, l’occupations syndicale de la ville de Sept-Îles en mai 1972 (Littoral, no 17, à paraître) et celle de l’usine de la Regent Knitting Mills de Saint-Jérôme avec l’émergence de Tricofil (colloque tenu le 25 novembre 2022). Un examen conjoint avec des acteurs rapidement oubliés de ces actions nous permet de voir que ce qui pourrait être perçu comme des échecs au premier abord progresse à travers des actions et innovations de forme diversifiée.
La capacité, voire la légitimité, de notre monde à durer est mise à l’épreuve, autant par son insoutenabilité écologique que par l’ampleur de ses injustices sociales. L’importance de ces défis génère des tensions et une polarisation politiques croissantes qui interrogent le rôle des savoirs dans nos choix pour notre avenir commun. Pour construire d’autres horizons politiques pour ce XXIe siècle déjà mal engagé, quels savoirs est-il nécessaire de reconnaître, de construire, de mobiliser, et comment ?
Cette question invite d’abord à considérer les concepts mobilisés pour penser des avenirs souhaitables que l’on parle aujourd’hui de transition, de décroissance, de postdéveloppement, de buen vivir, de sobriété, de communs, de justice sociale, environnementale et épistémique, etc. Quels usages analytiques, mais aussi quelles mises en pratique militantes et organisationnelles ? Quelles oppositions et quelles articulations entre ces différents termes, mais aussi avec des contre-discours de plus en plus sonores (des utopies technocentristes à la multiplication des régimes antidémocratiques) ? Comment cela se concrétise-t-il sur et avec le territoire, notamment avec ses multiples acteurs à la recherche d’un plus grand pouvoir d’agir local ? Quels rôles pour les politiques sociales et quels nouveaux arrangements entre mouvements sociaux et citoyens, économie sociale et solidaire, philanthropie et État ? Dans quelle mesure ces débats résonnent-ils dans les milieux de travail, tant sur le plan des pratiques de gestion que des mobilisations collectives et de l’évolution de la qualité de l’emploi ? Comment cela s’opère-t-il dans la mise en organisation de la justice sociale, environnementale et épistémique ? Sous quelles formes organisationnelles et de quelles manières de s’organiser ?
Notre question exige aussi d’interroger les modes de construction des savoirs. Quel renouvellement des épistémologies face aux crises sociétales ? Quelle refondation des universités et des institutions productrices de savoir pour ouvrir de nouveaux horizons ? Quel rôle pour la société civile, notamment les personnes les plus marginalisées, dans la coconstruction des connaissances et la coproduction des actions collectives et des politiques publiques ? Quels savoirs oubliés, marginalisés ou invisibilisés à reconnaître ? Quel arbitrage entre défense de la science pour orienter décisions politiques et dérives épistocratiques (le règne des experts), aux dépens de la démocratie ?
Notre colloque sera l’occasion de travailler sur l’articulation entre l’émergence de nouveaux savoirs (ou la reconnaissance de savoirs déjà disponibles, mais invisibilisés) et la transformation sociale. Il s’agira d’interroger la contribution des savoirs à des transformations sociales, mais aussi de voir dans quelle mesure l’avènement d’un nouveau monde (sous ses paramètres sociaux, environnementaux, économiques, etc.) produit de nouveaux imaginaires, de nouvelles exigences épistémologiques ou de nouveaux outils cognitifs.
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