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Violaine Lemay : Université de Montréal
Suite à leur première publication commune, aujourd’hui un classique de méthodologie critique inhérent à l’interdisciplinarité dans la recherche en droit (2017), cette communication s’attache à illustrer ces dérives fréquentes que ne légitime en rien le fait de se réclamer de l’interdisciplinarité: 1-l’occasion d’une fuite des formes ou de la raison incontournables d’une thèse de doctorat, toutes disciplines confondues; 2-l’ignorance du caractère plus que jamais impérieux, du fait des révolutions en philosophie de la connaissance du XXe s., d’un choix adéquat de procédés méthodologiques, c’est-à-dire adaptés aux objectifs spécifiques de la recherche et compatibles avec les choix théoriques opérés. Malheureusement, probablement en raison de la prégnance forte de réflexes méthodologiques trop inconscients et indiscutés, un grand nombre de recherches et de thèses dérivent aujourd’hui vers l’incohérence méthodologie, vers l’aberration scientifique et même vers un refus colonial radical du savoir propre aux facultés de droit, dont on réclame pourtant le doctorat. Ancrée dans l’expérience d’évaluation de deux professeures de droit d’expérience, cette communication a pour objectif de provoquer une discussion sur la nécessité d’un tracé de limites pour la formation en droit: l’actuel flou et l’impression courante d’absence de limites profite à trop de «non-thèses en droit», à trop d’aberrations scientifiques et conduit à vider de sa spécificité le savoir propre aux facultés de droit.
La formation des juristes et la recherche en droit ont subi d’importantes transformations au cours des dernières décennies. Loin derrière se trouve l’époque des années 1950-1970, au cours desquelles la recherche en droit était considérée avec « dédain et méfiance » par la communauté juridique (CRSH, 1983; Émond, 2012), alors que les enseignements universitaires étaient concentrés sur le partage de savoirs essentiellement techniques (CRSH, 1983).
Aujourd’hui, la recherche interdisciplinaire paraît dominer les programmes de cycles supérieurs en droit, cette dernière étant perçue, en droit comme ailleurs, « de plus en plus comme une façon pertinente d’aborder des problématiques complexes » (Taché, Zimmerman et Brisson, 2011; Darbellay et Paulsen, 2008). Dans le même ordre d’idées, on observe le parcours professionnalisant du juriste en devenir se transformer pour s’ouvrir davantage à l’interdisciplinarité (Lemay et Cumyn, 2016). Par exemple, au sein des facultés de droit québécoises, l’offre de cours de 1er cycle est bonifiée pour inclure notamment des cours de philosophie et de sociologie du droit, et il est parfois obligatoire pour les étudiantes et les étudiants de sortir de sa faculté d’attache pour compléter son cursus.
Au regard de cette mobilisation croissante de l’interdisciplinarité, nous proposons un temps d’arrêt permettant de discuter des racines de certaines initiatives interdisciplinaires dans la formation des juristes, des relations que le droit entretient avec les autres disciplines et de l’identité des juristes. Ce colloque se veut de la sorte un espace de réflexion sur la place, la pertinence et les limites de cet appel à l’interdisciplinarité dans la formation de l’esprit juridique au Québec.
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