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Doris Farget : UQAM - Université du Québec à Montréal
Le courant droit et société a bien montré l’impossibilité de se représenter, puis d’expliquer les phénomènes sociojuridiques d’un point de vue mono-disciplinaire et légaliste. Cette impossibilité est d’autant plus marquée lorsque vient le temps pour les juristes de considérer la pluralité des cultures et traditions juridiques, de même que leurs contextes d’émergence et leur trajectoire dans un monde globalisé. Elle s’accroit encore davantage lorsque l’occasion de coconstruire la recherche en partenariat avec des groupes sociaux, notamment des peuples et des communautés autochtones, se présente. Pourtant, à cette étape, l’interdisciplinarité est-elle une transformation suffisante des programmes d’étude en droit ? À travers différentes expériences d’enseignements et de recherche, cette communication mettra en lumière à la fois l’intérêt d’un enseignement interdisciplinaire du droit, ses défis, mais aussi la nécessité de pousser plus loin l’audace pédagogique. Premièrement, dans une « écologie des savoirs » (Santos) composée d’une pluralité des formes de connaissance, quelle relation aux savoirs, nous juristes, entretenons-nous et véhiculons-nous? Deuxièmement, qu’est-ce que serait une pédagogie des interconnaissances en droit (Santos) et comment la valoriser? Comment cette pédagogie peut-elle nous conduire à repenser les frontières de notre propre discipline et de nos enseignements? Quelles sont les impasses actuelles ?
La formation des juristes et la recherche en droit ont subi d’importantes transformations au cours des dernières décennies. Loin derrière se trouve l’époque des années 1950-1970, au cours desquelles la recherche en droit était considérée avec « dédain et méfiance » par la communauté juridique (CRSH, 1983; Émond, 2012), alors que les enseignements universitaires étaient concentrés sur le partage de savoirs essentiellement techniques (CRSH, 1983).
Aujourd’hui, la recherche interdisciplinaire paraît dominer les programmes de cycles supérieurs en droit, cette dernière étant perçue, en droit comme ailleurs, « de plus en plus comme une façon pertinente d’aborder des problématiques complexes » (Taché, Zimmerman et Brisson, 2011; Darbellay et Paulsen, 2008). Dans le même ordre d’idées, on observe le parcours professionnalisant du juriste en devenir se transformer pour s’ouvrir davantage à l’interdisciplinarité (Lemay et Cumyn, 2016). Par exemple, au sein des facultés de droit québécoises, l’offre de cours de 1er cycle est bonifiée pour inclure notamment des cours de philosophie et de sociologie du droit, et il est parfois obligatoire pour les étudiantes et les étudiants de sortir de sa faculté d’attache pour compléter son cursus.
Au regard de cette mobilisation croissante de l’interdisciplinarité, nous proposons un temps d’arrêt permettant de discuter des racines de certaines initiatives interdisciplinaires dans la formation des juristes, des relations que le droit entretient avec les autres disciplines et de l’identité des juristes. Ce colloque se veut de la sorte un espace de réflexion sur la place, la pertinence et les limites de cet appel à l’interdisciplinarité dans la formation de l’esprit juridique au Québec.
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