Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Lorena Favier : Université Toulouse-Jean-Jaurès
Cette communication est issue d’un travail de thèse basé sur un terrain exploratoire par observations participantes menées dans le cadre d’un poste de formatrice en sciences sociales appliquées. Lors de formations sur les notions d’interculturalité et d’intersectionnalité pour des professionnel.le.s du médico-social amené.e.s à intervenir en éducation à la vie sexuelle et affective auprès d’adolescent.e.s et d’adultes racisé.e.s, j’ai pu observer que la majorité des participants souhaitaient : « s’outiller pour mieux comprendre les personnes d’autres cultures ». Qu’est-ce que les rhétoriques culturalistes et la racialisation font à la relation de soin où le récit de l’intimité est au coeur de l’échange ? Quels sont les rapports de domination à l’oeuvre dans le rapport professionnel.le.s / blanc.he.s et bénéficiaires racialisé.e.s ? Le racisme n’a pas été caractérisé, dans les nosologies de la santé mentale, comme un facteur de risque pour celle-ci ou pour l’équilibre émotionnel. Pourtant c’est par le biais des émotions que les rapports de pouvoir s’incorporent, différemment selon la racialisation des corps concernés naturalisant les émotions des un.e.s tout en pensant celles des autres comme aliénées ou déviantes. Je propose d’aborder les effets du racisme ordinaire sur la santé mentale en théorisant les émotions qu’il génère, les considérant comme des indicateurs des rapports de pouvoir mais aussi comme un espace de production de stratégies d’agentivité et de résistances.
Au Québec comme ailleurs, l’état de la santé psychologique des individus est préoccupant. Ce portrait s’est d’autant plus aggravé avec la pandémie de COVID-19 (Généreux et al., 2021), suscitant une prise de conscience collective quant aux enjeux de santé mentale. Ceux-ci peuvent nuire aux parcours d’apprentissage et entraver les possibilités d’accès à des emplois, formations ou projets de vie (Michaud et al., 2012; Supeno et Bourdon, 2017). Aussi, certains groupes de personnes, en raison de leurs caractéristiques et conditions de vie (p. ex., genre, statut socioéconomique, handicap, origine ethnique, accès aux services), se trouvent désavantagés, vulnérabilisés, notamment en matière de santé mentale (Alegria et al., 2018; Giguère et Hanfield, 2021). Ce désavantage se traduit par des phénomènes de marginalisation et de stigmatisation menaçant leur pleine participation à la société (Gaborean et al., 2018).
Plusieurs travaux soutiennent l’importance de s’intéresser aux liens entre les sources structurelles d’inégalités sociales et la santé mentale (Corbeil et Marchand, 2006). À cet égard, la recherche qualitative peut jouer un rôle significatif en permettant d’appréhender la complexité de l’interaction entre les inégalités sociales et les difficultés de santé mentale (Davidson et al., 2008; Joseph et al., 2009). Riche de sa diversité théorique et méthodologique, la recherche qualitative contribue à décrire, à comprendre et à théoriser, sous différents angles, des processus et des phénomènes complexes entourant la santé mentale, les inégalités et la justice sociale (Gewurtz et al., 2016). Les connaissances issues de ces recherches s’avèrent pertinentes, en permettant d’appréhender des phénomènes invisibles, de déconstruire des préjugés et d’aborder avec délicatesse des sujets tabous qui entourent la santé mentale et qui ont répercussions considérables pour les individus, leur entourage et la société.
Titre du colloque :