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Zélie Chancogne : UQAM - Université du Québec à Montréal
Notre présentation s’appuiera sur les résultats d’une étude qualitative exploratoire menée au Québec en 2022. Cette recherche a recueilli le témoignage de neuf femmes cis et d’une personne non-binaire âgé.e.s de 24 à 57 ans et ayant subi des VGO au Québec. En nous partageant leur expérience, ces victimes de VGO nous ont donné l’occasion de considérer l’adoption de réactions et de stratégies permettant de faire cesser ces violences, de ne plus en revivre voire de se reconstruire.
Pour cette conférence, nous présenterons plus spécifiquement les formes de violences vécues et les réactions adoptées face à celles-ci. Entre immobilisation et expression de soi, nous verrons l’émergence d’un travail réflexif chez les participant.e.s. Ce travail réflexif, établi autour de la violence subie sera teinté par le doute, la reconnaissance, le questionnement et la minimisation. Nous pourrons alors ainsi explorer la manière dont les victimes travaillent cette réflexion, en abordant notamment la nébulosité de la scène gynécologique violente, une difficulté à remettre en question la pratique médicale ainsi qu’une nécessité de recours aux soins.
Les violences obstétricales, gynécologiques et reproductives (VOGR) sont loin d’être marginales. Qu’elles se produisent dans un service de santé ou dans une relation intime, elles constituent une entrave à l’intégrité corporelle ainsi qu’à l’autonomie reproductive et décisionnelle de celles qui les subissent. On pense ici à des gestes médicaux imposés lors d’examens gynécologiques ou pendant un accouchement ou encore à la pression exercée sur des femmes pour qu’elles deviennent enceintes. Les VOGR renvoient à des comportements ou des paroles qui ne tiennent pas compte du consentement de la personne qui en est victime, et ce, à l’intérieur de rapports de force, de domination et de coercition. Or, les VOGR restent encore peu documentées (Grace et Anderson, 2018; Sutton et Knight, 2020). Les connaissances récentes émergent de la rencontre des savoirs universitaires, pratiques, expérientiels et militants afin de mieux comprendre les contextes, formes et conséquences inhérentes aux VOGR (Rozée et Schantz, 2021).
Dans le cadre du colloque, une exploration de l’historiographie des VOGR permettra de situer les savoirs existants et de visibiliser les différents mouvements féministes qui ont contribué à la reconnaissance des VOGR. Par la suite, des réflexions s’inscrivant dans une approche féministe et intersectionnelle des VOGR permettront d’amplifier les voix des personnes ciblées par des systèmes d’oppression contribuant à l’expression disproportionnée et spécifique de ces violences. On peut évoquer ici l’imbrication du colonialisme et du sexisme en lien avec la stérilisation imposée aux femmes autochtones (Basile et Bouchard, 2022) ou encore celle du racisme et du sexisme quant au manque de soutien et de considération que peuvent vivre les femmes noires et racisées à l’intérieur des services de santé reproductive (Vedam et al., 2019). À cela s’ajoutent notamment des discriminations basées sur la classe sociale ou le capacitisme qui exposent aussi les femmes pauvres ou en situation de handicap à ce genre de violences (Morin-Aubut, 2020). Enfin, on s’intéressera aux pratiques prometteuses et aux actions à mobiliser pour lutter efficacement contre les VOGR. Entre prévention, formation et soutien, plusieurs pistes seront partagées et discutées.
Titre du colloque :