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Anne-Sophie Calinon : Université de Franche-Comté
Cette communication a pour objectif de mettre en lumière la perception des enjeux de l’évolution de la situation linguistique du Québec par les personnes qui sont au cœur de cette transformation : les immigrants. S’inscrivant dans l’ancrage disciplinaire de la sociolinguistique de la mobilité et de l’analyse du discours, l’exposé s’appuie sur un corpus d’entretiens recueillis au cours des 20 dernières années. Ces récits laissent entrevoir les influences d’un discours social hétérogène et composite, qui contribuent à construire une image politique et sociale ambivalente du Québec sur les questions d’immigration et de langue commune. L’analyse proposée montre l’hétérogénéité des « voix » qui compose le discours social. Cette polyphonie énonciative résonne différemment selon les étapes de la migration. Les résultats présentés montreront que les perceptions des immigrants des discours sur « la » langue du/au Québec comme un objet politique idéologiquement chargé dissonent avec des pratiques langagières plurilingues et complexes, caractérisées par une grande variabilité contextuelle. En corolaire, déterminer « la valeur » des langues du/au Québec pour les immigrants ne peut s’engager que dans une perspective variationniste. Il en découle une nécessité de tenir compte de la « québecité » du français puisque sa légitimité semble, en partie, conditionner l’adhésion des nouveaux arrivants aux objectifs politiques visant la re-définition linguistico-identitaire du Québec.
Dans la mouvance de l’adoption du projet de loi no 96 en mai 2022 et des élections québécoises à l’automne de la même année, les questions et les débats entourant le lien présumé entre l’immigration et le « déclin du français » au Québec, voire de la survie de la nation québécoise francophone, sont apparus sur un nombre sans cesse croissant de tribunes. Qu’il s’agisse de seuils d’immigration, de limites de la capacité d’accueil de la société québécoise, de pouvoirs et de gestion de l’immigration permanente et temporaire par le Québec, de politiques et de mesures de francisation, d’intégration et de régionalisation, pour ne mentionner que ceux-là, beaucoup a été dit sans pourtant offrir un portrait juste, nuancé et dénué de clichés sur ces enjeux.
Le gouvernement québécois s’est engagé à tout mettre en œuvre pour freiner le recul du français au Québec, lequel serait attribuable, selon lui, au fait que les immigrants ne parlent pas ni n’utilisent suffisamment cette langue. Très souvent, une telle lecture de la réalité repose sur des indicateurs dont la portée est plutôt limitée et qui font l’économie d’analyses qui prennent en compte la complexité et la richesse des dynamiques associées à la diversité ethnoculturelle, au plurilinguisme et à la concomitance du français comme langue publique commune et de l’anglais comme lingua franca globale.
Mais que sait-on du rapport qu’entretiennent les immigrants avec la langue française et la notion de « français langue publique commune » ? Quelles représentations se font les immigrants, récents et établis, de la présence et du statut relatif du français et de l’anglais au Québec, et à Montréal en particulier ? Lors du recensement de la population de 2021, environ 57 % de la population de langue maternelle tierce déclarait parler plus d’une langue à la maison. Que nous révèle ce plurilinguisme au foyer au regard des pratiques et des comportements linguistiques au travail, dans le domaine de l’enseignement postsecondaire, dans l’espace public en général ? À quels défis les nouveaux arrivants sont-ils confrontés lorsque leur langue première n’est pas le français ? Quels sont les facteurs qui modulent positivement ou négativement leur apprentissage du français ? Que sait-on des succès, voire des limites, de ces mesures qui visent à favoriser l’apprentissage et l’usage du français ? Quels rôles joue ou ne joue pas la société d’accueil pour valoriser et promouvoir l’usage du français auprès de certaines communautés immigrantes ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles nous tenterons de répondre dans le cadre de ce colloque. Ce dernier vise à fournir un éclairage au débat public sur ces enjeux et à favoriser un meilleur arrimage entre la recherche et les données probantes d’une part, et le développement de programmes et de mesures susceptibles de favoriser un meilleur vivre-ensemble linguistique d’autre part.
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