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Arnaud Apoteker : Justice Pesticides
A la suite du Tribunal International Monsanto a été créée l’association Justice Pesticides, qui collecte les procédures juridictionnelles concernant les pesticides dans le monde entier et les publie gratuitement sur son site Internet. L’intention est de mettre à disposition de tous, en particulier des victimes des pesticides et des associations et de leurs conseils, les jurisprudences et procédures en cours afin qu’ils puissent disposer des meilleurs outils possibles dans leurs recours. Cette base de données, en cours de constitution, constitue un outil de recherche et d’apprentissage qui devient populaire auprès du secteur académique et attire les stagiaires en droit de l’environnement et de la santé. Malgré ses ressources financières limitées et la complexité de systèmes juridiques différents et dans de nombreuses langues, Justice Pesticides met à jour les fraudes scientifiques des compagnies agrochimiques pour maintenir l’autorisation de mise sur le marché de produits toxiques, leur influence considérable sur les processus d’évaluation et les systèmes politiques, ainsi que l’asymétrie des relations Nord-Sud concernant la production et l’utilisation des pesticides dangereux. Elle concourt à inclure l’utilisation à grande échelle de substances toxiques telles que les pesticides dans la définition de l’écocide et à l’avènement d’une justice sanitaire et environnementale, comparable au développement de la justice climatique, de plus en plus reconnue comme indispensable.
Au moment où notre fulgurante entrée dans la sixième extinction de la planète nous presse de réduire notre empreinte écologique, énergétique, agroalimentaire et hydrique, l’actuel modèle de développement sociotechnique, marqué par une concentration inégalée des industries, un abyssal élargissement des écarts et une menaçante dilapidation des ressources, vit une crise profonde. Ainsi, même les systèmes agro-industriels, censés nourrir le monde, contribuent paradoxalement, par leur intensification, à 30 % des émissions de gaz à effet de serre et à l’effondrement de la biodiversité. Sur le plan énergétique, les choix de filières et leur intégration dans des plans globaux, limitant l’accélération des dérèglements climatiques, souffre de sérieux problèmes de retards et de cohérence dont pâtissent tous les secteurs d’activité, notamment les transports et l’habitat. Piégés, nous flirtons ainsi d’un côté avec les menaçantes limites planétaires et leurs périlleux points de bascule, et nous sommes happés, de l’autre, par des conflits armés aux redoutables flambées de coûts énergétiques et alimentaires, voire de pénuries. Comment alors pourrions-nous ignorer d’examiner ensemble les enjeux, les stratégies et les horizons de transitions énergétiques et agroalimentaires ? D’une ampleur inégalée, ces changements structurels toucheront l’ensemble des sociétés et de leur fonctionnement, nécessitant d’importants recadrages des paradigmes à l’œuvre et de solides mesures d’adaptation. Or, la gamme des objectifs et des voies divergentes proposées (frugalité volontaire et modes de vie alternatifs, recours technologiques accrus), voire parfois imposées (politiques incitatives ou « punitives » de réduction de la consommation), mérite d’être examinée, en ce qui touche la sécurité alimentaire et énergétique, les conditions de vie et de santé viables et de vitalité des écosystèmes, des milieux urbains et ruraux, tout en étant contextualisée dans une perspective d’espoir et de bien commun.
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