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Mélusine Dumerchat : UQAM - Université du Québec à Montréal
La gentrification, soit le processus par lequel un quartier populaire se retrouve progressivement investi par des résident.e.s aisé.e.s, entraine la recomposition socio-démographique du quartier ainsi que des changements en termes de manières d’habiter l’espace (Glass, 1964). Si ce phénomène engendre entre autres le déplacement forcé des habitant.e.s plus modestes et leur exclusion des espaces publics (Bélanger, 2010 ; Twigge-Molecey, 2014), certains secteurs conservent une forme de « mixité sociale » et ne deviennent pas pour autant des « ghettos bourgeois » (Rose, 1996). De fait, la « diversité » semble compter aujourd’hui parmi les attraits de quartier gentrifiés, prisés par les classes privilégiées et progressistes (Tissot, 2011). Au-delà de l’apparente harmonie sociale qui constitue aujourd’hui le branding de plusieurs quartiers de Montréal, comment cette cohabitation se passe-t-elle concrètement et quels sont ses impacts sur l’aménagement urbain et les usages de l’espace public? Cette communication a pour objectif de questionner les manières dont les frontières sociales se reconfigurent via les dynamiques de revitalisation urbaine et le façonnement de villes sûres. À partir des premiers résultats d’une recherche doctorale, il s’agira de se pencher sur la (re)production de figures indésirables dans l’espace public, dans le contexte du renouvellement urbain d’un quartier de Montréal, et ce que cela implique pour l’accès des personnes marginalisées à la ville.
Pour mettre fin à l’itinérance, de nombreux acteurs institutionnels et communautaires postulent que la solution passe par l’obtention d’un logement (Gaetz, Scott et Gulliver, 2013; MSSS, 2021). Or, Montréal, comme toutes les grandes villes occidentales, n’échappe pas à la pression liée à la spéculation immobilière, au manque de logement social et abordable, au tourisme de masse et aux exigences esthétiques. Cette pression a d’abord pour effet de provoquer un déplacement incessant des populations qui occupent l’espace public et qui sont jugées comme étant indésirables (Harvey, 2011; Parazelli, 2021). Cette pression a ensuite pour effet de rendre difficile la matérialisation des solutions dites idéales pour mettre fin à l’itinérance (Gaetz, Gulliver et Richter, 2014; Buchnea, Legate, McKitterick et Morton, 2021). Force est de constater que toutes les populations n’ont pas un accès égal à la ville. Les populations en situation d’itinérance sont plus que jamais cachées ou repoussées dans des quartiers ou des espaces non centraux, souvent loin des services qui leur sont dédiés (Lavigne, 2014; Loison-Leruste, 2014; Wasserman et Clair, 2010). Elles vivent également de nombreuses barrières à l’accès pour les programmes de sortie de rue, dont les places sont trop peu nombreuses et principalement accessibles aux personnes jugées comme les plus aptes à sortir d’un mode de vie à la rue (Namian, 2021; 2018). La réflexion sur l’itinérance porte ainsi très souvent sur les pratiques qui peuvent ou devraient être mises en place pour y mettre fin.
En parallèle à cette réflexion, l’itinérance est une expérience vécue quotidiennement par de nombreuses personnes. Lorsqu’on regarde l’itinérance sous le prisme d’une expérience vécue quotidiennement, un déplacement peut s’opérer dans la réflexion critique, passant de l’analyse d’éléments macrosociologiques (p. ex., les politiques sociales, des programmes, les pratiques d’intervention) à une analyse microsociale (p. ex., le bien-être, le rapport personnel à l’espace, les stratégies à mettre en place pour soutenir les besoins journaliers des personnes, leur droit à l’autodétermination). Qu’il s’agisse de circuler, occuper l’espace public ou habiter la ville de différentes manières, la réflexion ne peut se centrer exclusivement sur le fait de mettre fin à l’itinérance. C’est pourquoi nous vous invitons à contribuer à une réflexion plus large sur les gestes et les pratiques mis ou à mettre en place pour soutenir le bien-être des personnes en situation d’itinérance.
Cette journée veut donc apporter des éléments théoriques et pratiques à la question des conditions pour habiter et exister dans une ville aujourd’hui. Utilisant à la fois des exemples de campements urbains, des projets d’aménagement conçus par ou pour les personnes en situation d’itinérance ainsi que des réflexions sur les politiques et pratiques existantes, nous nourrirons la question des conditions nécessaires pour mieux « vivre-ensemble ».
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