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Richard Atimniraye Nyelade : Université d'Ottawa
Cette étude se concentre sur la condition des populations autochtones du Nord-Cameroun qui subissent diverses formes de contrôle, d'exclusion et de discrimination, que ce soit au niveau national ou territorial. Elle met en lumière les processus et les dispositifs historiques et socio-politiques qui ont contribué à leur assujettissement culturel. Dans cette région, les peuples autochtones sont confrontés à une dynamique de dégradation culturelle marquée par une logique d'homogénéisation imposée par les groupes sociaux dominants. Le rapport social témoigne de la prédominance des valeurs culturelles des sociétés islamiques conquérantes par rapport aux valeurs culturelles autochtones. Pour les peuples autochtones, la reconnaissance des droits culturels est une lutte quotidienne.
Le mouvement culturel autochtone, qui a vu le jour ces dernières années, a pour objectif la réappropriation de l'identité culturelle, tout en révélant la volonté des populations autochtones de vivre et de subsister selon leurs propres valeurs culturelles. Les droits culturels représentent un enjeu crucial de développement pour les communautés humaines du Nord-Cameroun. Cette étude s'oppose au discours officiel qui ne reconnaît que les "pygmées" (Baka, Bakola et Bagieli) et les Bororos comme les seuls peuples autochtones du Cameroun.
Elle vise à mettre en lumière la diversité des peuples autochtones, dont certains sont présents dans le Nord-Cameroun depuis plusieurs millénaires.
Ce colloque porte autant sur la notion d’autochtonie (comme catégorie juridique et levier politique de reconnaissance) que sur la manière dont elle se décline et se discute en Afrique. Autrement dit, si le continent africain servira de repère, c’est pour mieux permettre le dialogue avec les nombreux travaux abordant plus généralement l’autochtonéité, en particulier en Amérique du Nord.
De la sorte, les communications apporteront des éclairages quant à une diversité de terrains, et ce, dans la mesure où les multiples configurations étudiées offrent des occasions de discussion avec les réalités africaines, mais la réciproque n’en sera pas moins vraie.
Ainsi, ce qui rassemble ces peuples tient dans les déclarations les reconnaissant en tant que cultures spécifiques au sein de la modernité avancée. Pour autant, au-delà du terme unificateur, ces spécificités se déclinent de bien des manières.
Pour exemple, si foncièrement la qualification des populations autochtones se révèle relativement clairement établie en Amérique du Nord, il n’en va pas de même pour le continent africain, dont l’histoire coloniale est profondément différente et où se trouve interrogée la distinction des peuples selon une continuité historique.
L’intention de cette rencontre s’inscrit bien dans le contexte francophone, en ce sens que l’ancienne puissance coloniale a contribué à produire des configurations extrêmement hétérogènes. En effet, entre l’autochtonie à l’ouest de l’Atlantique, où la définition du primo-arrivant peut faire sens, face à des Européens restés sur place pour faire souche, au contraire c’est une autochtonie controversée qui se présente en Afrique, où le colonisateur n’a pas laissé derrière lui de semblables communautés, durablement installées. De plus, dans nombre de pays africains, les ethnies majoritaires revendiquent l’ancienneté séculaire de leur présence, reprochant à l’autochtonisation la saveur amère d’une injonction conceptuelle produite par des instances internationales éloignées.
Au-delà d’un comparatisme hasardeux, devant la diversité des contextes, les sessions proposées viseront davantage à alimenter les réflexions qui, en Amérique du Nord notamment, cherchent à concilier justice environnementale et équité sociale, et ce, en apportant des regards quant à d’autres contextes, que nous pensons utiles à l’objectivation. Que nous disent les travaux africanistes quant au traitement politique de l’autochtonie, mêlant plusieurs échelles d’analyse qui s’entrecoupent : internationale, nationale et locale ? Qui en sont les acteurs et quels groupes s’y trouvent impliqués ? Qu’est-ce que la notion d’autochtonie exprime vis-à-vis de la modernité réflexive ? En quoi ces démarches répondent-elles au souci d’éthique qu’elles avancent ?
Enfin, il paraîtra central d’insister sur la dimension de vulnérabilité qui est associée à l’idée de peuple autochtone. Dans ce cadre, les spécialistes des Amériques apporteront leurs expertises, étayées par plusieurs décennies critiques.
Titre du colloque :