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Théodore Ambassa Akoa : Université de Lille (CERAPS, UMR 8026)
L’émergence d’un champ politique rural au Cameroun prend racine à partir des premières élections municipales de 1962. A cette période, le local comme centre d’expression politique est moins attrayant que le national. Cependant la libéralisation qui survient dans les années 1990 replace le local et le rural au centre du jeu politique partisan. Tout d’abord, il consacre la décentralisation comme principe constitutionnel. La constitution reconnait également le droit des autochtones et enfin, il y a l’organisation des toutes premières élections municipales libres et transparentes. De nouveaux partis politiques s’intéressent au local, à tel point que pour cette première élection de l’ère multi-partisane, ils parviennent à obtenir 117 communes sur les 336 existantes à cette période. Dans les communes rurales, les phénomènes des « élites urbaines » s’intensifient avec pour corollaire des élus de moins de moins ancrés dans la vie de leur commune. L’identité ethno-tribale influence pour partie, à la fois la sélection des candidats, le déroulé de la campagne et la redistribution des postes à la fin du processus.
Ainsi, la question principale demeure celle de savoir comment l’autochtonie structure t-elle l’ossature du champ politique rural au Cameroun ? Comment s’articulent les différentes identités mobilisées par les acteurs de ce champ ? Comment le rapport de force entre ethnies définit l’orientation politique, se sortant finalement de l’emprise du parti politique ?
Ce colloque porte autant sur la notion d’autochtonie (comme catégorie juridique et levier politique de reconnaissance) que sur la manière dont elle se décline et se discute en Afrique. Autrement dit, si le continent africain servira de repère, c’est pour mieux permettre le dialogue avec les nombreux travaux abordant plus généralement l’autochtonéité, en particulier en Amérique du Nord.
De la sorte, les communications apporteront des éclairages quant à une diversité de terrains, et ce, dans la mesure où les multiples configurations étudiées offrent des occasions de discussion avec les réalités africaines, mais la réciproque n’en sera pas moins vraie.
Ainsi, ce qui rassemble ces peuples tient dans les déclarations les reconnaissant en tant que cultures spécifiques au sein de la modernité avancée. Pour autant, au-delà du terme unificateur, ces spécificités se déclinent de bien des manières.
Pour exemple, si foncièrement la qualification des populations autochtones se révèle relativement clairement établie en Amérique du Nord, il n’en va pas de même pour le continent africain, dont l’histoire coloniale est profondément différente et où se trouve interrogée la distinction des peuples selon une continuité historique.
L’intention de cette rencontre s’inscrit bien dans le contexte francophone, en ce sens que l’ancienne puissance coloniale a contribué à produire des configurations extrêmement hétérogènes. En effet, entre l’autochtonie à l’ouest de l’Atlantique, où la définition du primo-arrivant peut faire sens, face à des Européens restés sur place pour faire souche, au contraire c’est une autochtonie controversée qui se présente en Afrique, où le colonisateur n’a pas laissé derrière lui de semblables communautés, durablement installées. De plus, dans nombre de pays africains, les ethnies majoritaires revendiquent l’ancienneté séculaire de leur présence, reprochant à l’autochtonisation la saveur amère d’une injonction conceptuelle produite par des instances internationales éloignées.
Au-delà d’un comparatisme hasardeux, devant la diversité des contextes, les sessions proposées viseront davantage à alimenter les réflexions qui, en Amérique du Nord notamment, cherchent à concilier justice environnementale et équité sociale, et ce, en apportant des regards quant à d’autres contextes, que nous pensons utiles à l’objectivation. Que nous disent les travaux africanistes quant au traitement politique de l’autochtonie, mêlant plusieurs échelles d’analyse qui s’entrecoupent : internationale, nationale et locale ? Qui en sont les acteurs et quels groupes s’y trouvent impliqués ? Qu’est-ce que la notion d’autochtonie exprime vis-à-vis de la modernité réflexive ? En quoi ces démarches répondent-elles au souci d’éthique qu’elles avancent ?
Enfin, il paraîtra central d’insister sur la dimension de vulnérabilité qui est associée à l’idée de peuple autochtone. Dans ce cadre, les spécialistes des Amériques apporteront leurs expertises, étayées par plusieurs décennies critiques.
Titre du colloque :