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Meganne Rodriguez-Caouette : Université de Montréal
La fin de la série télévisée Penny Dreadful (Showtime, 2014-2016) a grandement déçu les fans. Cette fin, que certains et certaines jugent indigne sur les réseaux, pousse les fans à produire des fanfictions qui réparent ce qu’iels considèrent comme une erreur du dénouement.
Cette présentation se concentrera à expliquer que le geste de produire des fanfictions est poussé par un sentiment d’amitié virtuel, donc une forme d’amour, qui se développe entre les téléspectateurs et les téléspectatrices de la série télévisée Penny Dreadful et ses personnages. L’angle méthodologique de ce travail emprunte celui des fans studies, principalement à partir des travaux d’Henry Jenkins ([1992] 2013), de Jean-Pierre Esquenazi (2009) et de Kelley Brit (2021).
Cela se fera dans un premier temps par l’analyse de la réception de la finale de la série télévisée. La collecte de commentaires provenant de la plateforme Reddit et leur analyse me permettront d’aborder la relation qu’entretient le public avec l’idée du dénouement selon la conception de Florent Favard (2019) ainsi que la notion d’échec selon Judith/Jack Halberstam (2011). Ce concept et cette notion sont selon moi interreliés par la perception occidentale que le public développe envers les finales de séries télévisées. Et dans un deuxième temps, l’analyse de ce phénomène sera observée à travers la comparaison de deux fanfictions déjouant la fin de la série télévisée Penny Dreadful.
Les séries télé sont exponentiellement présentes dans notre quotidien, comme en témoignent l’émergence de nouvelles plateformes de vidéo à la demande; la persistance de pratiques comme le visionnage en rafale; les représentations de plus en plus ouvertes aux thématiques de la sexualité ou de la diversité au petit écran, avec la visée parfois « éducationnelle » de celles-ci et les discussions qu’elles suscitent dans l’espace publique; ou encore la création de festivals dédiés. Pourtant, une perception des séries comme « mauvais objet d’attachement » ou « plaisir coupable » est encore courante. Le besoin identifié est de donner une plus grande cohérence aux connaissances au sujet des pratiques qui se développent autour de la culture des séries et, à proprement parler, de la dimension affective de l’attachement. Si des travaux sur la sériephilie existent, il est maintenant le temps d’étoffer ces réflexions à l’aune d’une présence accrue de ces phénomènes dans la vie de tous les jours, de leur statut de repère culturel partagé et de leur influence sur les imaginaires collectifs.
Quels outils pouvons-nous développer afin de mieux comprendre la place de l’amour dans notre relation avec les séries, devant et derrière l’écran ? En utilisant comme porte d’entrée l’exemple des représentations de l’amour et de l’intimité, nous discuterons des façons dont les séries nous communiquent un savoir sur notre forme de vie, sur nos relations, et mettent en scène celles-ci avec une grande complexité. En ce sens, les séries sont à appréhender comme des « modèles de conduite » qui stimulent, autant que la littérature, l’imagination morale et la réflexivité relationnelle (Murdoch, 1970). Ce colloque portant sur l’amour tel que les séries le représentent et sur l’amour des publics pour les séries vise à repenser ces enjeux comme foncièrement politiques, du moment où la représentation médiatique est une des composantes du changement social.
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