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Caroline Leblanc : Université de Sherbrooke
L’itinérance et le nombre de campements sont en croissance au Québec ainsi que dans le reste du Canada. La crise du logement précarise davantage de personnes et amène une plus grande partie de la population à vivre en situation d’itinérance. Cependant, plusieurs ne trouvent pas réponse à leurs besoins dans l’offre d’hébergement mise en place actuellement et se retrouvent à habiter la rue. Contexte de vie où, les actions pour contrôler leur présence peuvent avoir pour effet de les déstabiliser constamment et ainsi, de les exclure de la réponse à l’itinérance. Or, malgré notre bonne volonté, cette réalité devient une préoccupation croissante pour l’ensemble de la société. Par conséquent, cette présentation abordera les résultats issus d’un évènement de pensée systémique qui a eu lieu le 23 février 2023 à Montréal. Le but de cet évènement était d’ouvrir un dialogue avec une diversité d’acteur.es transdisciplinaire et intersectionnel dans le milieu de l’itinérance incluant les personnes qui habitent la rue et ce, afin de développer une compréhension profonde de leur réalité et ainsi repenser ensemble notre agir collectif. Plus spécifiquement, cette présentation orientera son regard sur les différents discours des acteur.trices présent.es lors de l’évènement et soulignera les leviers de transformation durables qui ont été abordés lors de cet évènement pour améliorer les conditions de vie et de santé des personnes qui habitent la rue.
Pour mettre fin à l’itinérance, de nombreux acteurs institutionnels et communautaires postulent que la solution passe par l’obtention d’un logement (Gaetz, Scott et Gulliver, 2013; MSSS, 2021). Or, Montréal, comme toutes les grandes villes occidentales, n’échappe pas à la pression liée à la spéculation immobilière, au manque de logement social et abordable, au tourisme de masse et aux exigences esthétiques. Cette pression a d’abord pour effet de provoquer un déplacement incessant des populations qui occupent l’espace public et qui sont jugées comme étant indésirables (Harvey, 2011; Parazelli, 2021). Cette pression a ensuite pour effet de rendre difficile la matérialisation des solutions dites idéales pour mettre fin à l’itinérance (Gaetz, Gulliver et Richter, 2014; Buchnea, Legate, McKitterick et Morton, 2021). Force est de constater que toutes les populations n’ont pas un accès égal à la ville. Les populations en situation d’itinérance sont plus que jamais cachées ou repoussées dans des quartiers ou des espaces non centraux, souvent loin des services qui leur sont dédiés (Lavigne, 2014; Loison-Leruste, 2014; Wasserman et Clair, 2010). Elles vivent également de nombreuses barrières à l’accès pour les programmes de sortie de rue, dont les places sont trop peu nombreuses et principalement accessibles aux personnes jugées comme les plus aptes à sortir d’un mode de vie à la rue (Namian, 2021; 2018). La réflexion sur l’itinérance porte ainsi très souvent sur les pratiques qui peuvent ou devraient être mises en place pour y mettre fin.
En parallèle à cette réflexion, l’itinérance est une expérience vécue quotidiennement par de nombreuses personnes. Lorsqu’on regarde l’itinérance sous le prisme d’une expérience vécue quotidiennement, un déplacement peut s’opérer dans la réflexion critique, passant de l’analyse d’éléments macrosociologiques (p. ex., les politiques sociales, des programmes, les pratiques d’intervention) à une analyse microsociale (p. ex., le bien-être, le rapport personnel à l’espace, les stratégies à mettre en place pour soutenir les besoins journaliers des personnes, leur droit à l’autodétermination). Qu’il s’agisse de circuler, occuper l’espace public ou habiter la ville de différentes manières, la réflexion ne peut se centrer exclusivement sur le fait de mettre fin à l’itinérance. C’est pourquoi nous vous invitons à contribuer à une réflexion plus large sur les gestes et les pratiques mis ou à mettre en place pour soutenir le bien-être des personnes en situation d’itinérance.
Cette journée veut donc apporter des éléments théoriques et pratiques à la question des conditions pour habiter et exister dans une ville aujourd’hui. Utilisant à la fois des exemples de campements urbains, des projets d’aménagement conçus par ou pour les personnes en situation d’itinérance ainsi que des réflexions sur les politiques et pratiques existantes, nous nourrirons la question des conditions nécessaires pour mieux « vivre-ensemble ».
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