Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Hélène Quashie : LARTES-IFAN
Les migrations vers le Sénégal au départ d’Europe et d’Amérique du Nord, incluant les circulations des diasporas africaines, permettent de penser l’articulation des rapports sociaux de classe, de race et de genre au regard de mobilités ascendantes qui reconfigurent les relations de pouvoir, les imaginaires et la fabrique des identités. Ces migrations favorisent des intimités interraciales hétérosexuelles, selon un ratio genré récurrent dans les classes moyennes et aisées de la capitale notamment : davantage de femmes venant d’Occident (blanches et diasporiques) ont des partenaires sénégalais et africains. A partir de ces configurations intimes se développent des discussions quotidiennes autour de la place des femmes et de la domination masculine. Ces discussions confrontent souvent des femmes occidentales, porteuses de discours féministes, aux hommes sénégalais et africains de leur entourage, mais aussi à des femmes sénégalaises. Ces dernières questionnent les fondements de ces discours au regard de leur expérience plurielle de l’agencéité et du pouvoir féminin local qui challenge les masculinités. Elles interrogent aussi les écarts entre les discours féministes et les pratiques de leurs homologues occidentales investies dans des conjugalités interraciales. L’analyse de ces différents positionnements explore les nuances des configurations genrées de la blanchité sociale en contexte postcolonial.
La notion de genre est devenue omniprésente dans la recherche sur le développement en Afrique (Treillet, 2008). Toutefois, la prégnance des partenaires internationaux dans ces recherches semble avoir affaibli son potentiel transformateur des relations de pouvoir inégalitaires dans les sociétés africaines (Parpart, 2014). En effet, le genre semble avoir été instrumentalisé pour pallier la résistance au concept de féminisme en Afrique. Or, cette résistance n’est pas synonyme d’un rejet de l’idéologie féministe entendue comme une critique des rapports sociaux de genre, mais comme une distanciation avec le féminisme en tant que « cadre universaliste de mobilisation » (Latourès, 2009, p. 144). De plus, ce refus provient de chercheur·se·s d’Afrique qui cherchent à s’approprier la lecture de leur propre réalité (Touré, 2002).
Sur le plan heuristique, il serait donc important de se demander à quelles réalités nous faisons référence quand nous parlons du genre en Afrique ? Quel est le sujet politique de la recherche sur le genre en Afrique ? Pouvons-nous affirmer que recherche féministe et recherche sur le genre sont interchangeables ?
Nous aimerions en débattre au regard des résistances que génère la question du féminisme en Afrique (Dieng, 2021). Il s’agira plus spécifiquement de poser la question des enjeux qu’une recherche sur le genre pose, notamment dans le processus de construction de la connaissance. Ces enjeux de plusieurs ordres se situent à l’intersection des inégalités de genre au sein du monde universitaire, la prégnance des agences de développement, mais aussi la division internationale du travail scientifique (Direnberger et Doubogan, 2022). S’agissant de la division internationale du travail scientifique, il serait intéressant d’interroger l’hégémonie des enjeux que constitue la non-interrogation d’un certain nombre de chercheur·se·s du Nord concernant les relations de pouvoir — rapports sociaux de race qui se juxtaposent aux rapports de genre — dans les espaces universitaires et les recherches sur le genre.
Titre du colloque :